Il n’était pas facile, en novembre 2019, de prévoir l’année 2020. Et tous ceux qui s’y sont risqués, ont rarement évoqué les risques d’une pandémie, qui, en un an, contaminerait plus de 55 millions de personnes, tuerait plus de 1,5 millions de personnes, provoquerait la pire crise économique de l’histoire humaine, ferait réapparaitre la famine là où elle avait disparu, ruinerait un très grand nombre d’artisans, de commerçants, de restaurateurs, d’hôteliers, et tant d’autres.

D’autres crises, moins planétaires qui n’avaient pas été prévues, ont eu lieu, en particulier entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Enfin, peu de gens avaient prévu il y a un an que le président Trump serait battu aux élections présidentielles et moins encore qu’il ferait tout pour rester au pouvoir, même de façon inconstitutionnelle.

D’autres risques avaient été décrits mais ne se sont pas matérialisés : une guerre dans le Golfe Persique, une autre en mer de Chine, une explosion de la bulle financière aux Etats-Unis, une explosion de l’union Européenne.

De plus, bien des choses ont évolué positivement : l’Union Européenne s’est renforcée. L’Afrique subsaharienne a connu une croissance inégalée, en particulier dans sa partie francophone. La Corée du Sud et le Japon ont démontré, avec quelques autres démocraties d’Asie, une formidable capacité à répondre aux menaces du nouveau virus. Partout dans le monde, la mobilisation a été générale, pour la production de masques, de tests, et d’instruments médicaux. En un temps record, plusieurs vaccins qui semblent fiables, ont été rendu disponibles sur le marché.

A cette occasion, le monde entier a compris que certains secteurs économiques étaient bien plus importants que d’autres et méritaient d’être développés ; ce sont ceux qui forment ce que je nomme « l’économie de la vie » : la santé, l’hygiene, l’éducation, la recherche, l’alimentation, l’eau potable, l’agriculture, le digital, la culture, la sécurité, les énergies propres, la gestion des déchets, la distribution, la logistique, le logement, l’assurance, le crédit, la culture. En particulier, le monde a compris l’importance de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Japon, la Chine et l’Union Européenne se sont engagés à ne plus émettre de carbone en 2050. Et l’administration Biden va rejoindre ce consensus.

Tout cela pourrait nous annoncer une année 2021 bien meilleure que 2020 : si les vaccins se révèlent efficaces et sans contrindications, cette pandémie pourra être derrière nous au plus tard à la fin de l’été prochain, redonnant un formidable optimisme à l’humanité toute entière.

On pourrait profiter de cela pour repenser sérieusement nos organisations, et se préparer aux pandémies suivantes mieux qu’on ne s’est préparé à celle-là. C’est d’ailleurs l’objet d’une décision très importante, et passée relativement inaperçue, du G20 qui vient de se tenir à Ryad. On pourrait en particulier relancer la construction d’un multilatéralisme raisonnable, qui renforcerait l’Accord de Paris sur le Climat, et le rôle des principales organisations internationales : l’ONU, l’UNESCO, l’OMS, la FAO, qui ont fait cruellement défaut dans la gestion de la crise en 2020.

Bien sûr, les dangers qui pèsent sur 2021 restent gigantesques :

On pourrait découvrir que les vaccins contre l’actuelle pandémie ont été autorisés trop tôt, sous pression politique, et qu’ils ont des effets secondaires désastreux, ce qui conduirait à interrompre leur usage, et ramènerait le monde à l’obligation du confinement, pour des années encore.

On pourrait aussi voir se matérialiser une des crises qui menaçaient au début de 2020 et qui n’ont pas encore eu lieu :

Une invasion de Taiwan par la Chine, une guerre entre l’Iran, la Turquie et leurs alliés, contre leurs autres voisins.

Une crise politique mondiale quand on aura vraiment compris que les 1% les plus riches possèdent une part sans cesse croissante de la richesse mondiale, que les pauvres ne sortiront pas de la pauvreté, et que les classes moyennes se prolétariseront.

Une crise financière aux Etats Unis, dont l’imminence ne fait que grandir avec la croissance spéculative de la valeur boursière de nombre d’entreprises.

 Une crise politique en Europe, si la Hongrie et la Pologne continuent d’exiger d’avoir le droit de ne pas respecter les règles communes, bloquant la mise en œuvre du plan de sauvegarde, pourtant absolument vital pour eux.

D’autres crises encore sont possibles : une autre pandémie venue d’un moustique, d’un poulet ou d’un cochon ou d’un autre animal pourrait s’ajouter celle du Covid-19. Une crise climatique aiguë en Afrique Subsaharienne est possible. Des attaques terroristes de grande ampleur, utilisant des armes sophistiquées, tels que des drones armés, ou des armes chimiques, ou des armes bactériologiques sont toujours à craindre.

A tout cela, bien des solutions existent. Mais qui, dans le monde, s’y prépare sérieusement ?    

Jacques Attali