Au moins un combattant terroriste a été identifié parmi les réfugiés afghans.  Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré dans un entretien qu’un militant taliban avait été retrouvé parmi les réfugiés afghans emmenés de Kaboul.

Le contre-espionnage français s’est intéressé à lui et à quatre autres hommes de son entourage. Les organisations humanitaires exigent de la France plus de participation à l’évacuation et à l’accueil des réfugiés tandis que l’extrême droite estime que le pays ne doit rien aux Afghans qui «ne partagent pas ses valeurs, son mode de vie, ses principes républicains ». 

Le pont aérien mis en place par la France pour exfiltrer de Kaboul des réfugiés afghans et des ressortissants français voulant échapper aux talibans, s’achèvera ce jeudi 26 août si les Etats-Unis se retirent comme prévu d’Afghanistan le 31 août, a déclaré Nicolas Roche, directeur du cabinet du ministère des Affaires étrangères.

Sur la base aérienne d’Abou Dhabi, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a indiqué à la presse qu’il y aura ce mardi en tout «2 000 personnes évacuées par la France en un peu plus d’une semaine depuis Kaboul », rajoutant que « c’est un exploit ». 

Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, a annoncé, que «1 200 Afghans» ont déjà été exfiltrés par la France «dans le cadre de huit vols».  « Les gens exfiltrés sont essentiellement issus de la société civile: journalistes, artistes, militants, défenseurs des droits, fonctionnaires», a indiqué  le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean.

Pendant ce temps, l’inquiétude grandit en France. Les Français se demandent si des fanatiques religieux prêts à frapper de l’intérieur vont pénétrer dans le pays avec les réfugiés afghans? Il suffit de rappeler les attentats terroristes sanglants du 13 novembre 2015 durant lesquels, notamment, des djihadistes syriens y participèrent après avoir profité de la vague d’immigration forcée pour se rendre en Europe. Le contre-espionnage français a désormais déployé tout un système de tamis à travers lesquels sont filtrés les immigrés. Tout d’abord, les listes d’évacuation sont établies par l’ambassade de France.

Avec des documents, les exfiltrés peuvent prendre un avion si, bien sûr, ils  peuvent se rendre à l’aéroport par les points de contrôle mis en place par les talibans et entrer sur le territoire qui est strictement gardé de deux côtés: de l’extérieur par le nouveau gouvernement, de l’intérieur par les Américains. Mais, ce mardi, comme l’indique  la BBC, les talibans ont déclaré qu’il y avait suffisamment de temps pour faire sortir les ressortissants étrangers avant la date limite, mais qu’ils n’étaient « pas favorables » à autoriser les Afghans à partir.  La date limite est le 31 août. Les talibans ont déclaré que rester plus longtemps signifierait étendre l’occupation de l’Afghanistan et ils ont mis en garde contre les conséquences si cela devait se produire.

Le prochain contrôle des réfugiés a lieu à Abu Dhabi où des représentants du contre-espionnage français parlent à tout le monde. Enfin, un dernier contrôle attend les Afghans sur le sol français. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin,  a déclaré le 24 août qu’un des cinq réfugiés afghans qui avaient été mis sous surveillance à son arrivée en France a été interpellé et placé en garde à vue à Paris.  Il s’agit d’un homme qui commandait l’un des checkpoints terroristes près de l’ambassade de France.

Le contre-espionnage a les mêmes soupçons concernant trois de ses proches masculins et une autre personne arrivée plus tôt, mais apparemment liée à eux. Le ministre de l’Intérieur a affirmé qu’«il n’y a pas eu de faille», précisant qu’ «il était manifestement en lien avec les talibans, mais qu’il a beaucoup aidé l’armée française, les Français et vos collègues journalistes [s’adressant aux journalistes de Franceinfo». Gérald Darmanin confirme que « dans la confusion, ils n’ont pas pu être criblés, comme on dit, par les services de sécurité, sur la base militaire française ». 

Les cinq suspects ont été envoyés dans un hôtel de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), mais ce soir-là, l’un des réfugiés afghans s’est enfui à Paris.  Il a été détenu dans la ville et arrêté. Théoriquement, il est menacé d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans et d’une amende pouvant aller jusqu’à 45 000 €, mais il est clair qu’il ne sera renvoyé que dans son lieu de séjour. 

Depuis le mois de juillet, la France a arrêté l’expulsion des réfugiés afghans même si il existe une décision de justice. Gérald Darmanin considère ce cas plutôt comme une exception. « Cela peut être une base du terrorisme, l’Afghanistan. Nous devons faire attention à qui nous accueillons sur notre sol », avait-il pourtant dit.  

On peut comprendre les efforts du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Intérieur pour aider les Afghans qui ont collaboré avec l’armée et les diplomates français et qui craignent désormais pour leur vie. L’histoire se souvient que, lors de l’évacuation d’Algérie, de nombreux partisans de la France ont été livrés à eux-mêmes. 

Cependant, l’extrême droite ne croit pas à la prudence des autorités. Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national (RN), estime que l’arrivée d’Afghans constitue une menace pour la société: «Nous avons assez d’Afghans  en France puisque, d’après les chiffres qu’il a communiqués, ils sont 35 000 aujourd’hui sous la protection de notre pays». Il a rajouté qu’«il y a un risque, un risque majeur pour la sécurité des Français» et «je ne vois pas au nom de quoi la France doit faire peser un risque majeur pour la sécurité de nos compatriotes?» et que «nous avons versé du sang pour la liberté des Afghans, nous avons versé de l’argent, nous avons accueilli depuis des années un certain nombre de ressortissants afghans, que doit-on faire de plus? Nous avons fait le nécessaire ». Il considère enfin que « c’est aux Afghans de se prendre en main ». Il dit craindre « une fracture civilisationnelle » face à des personnes qu’il estime à 99 % être favorables à la charia, la loi islamique :  «Ils sont incompatibles avec nos valeurs, nos modes de vie, avec nos principes républicains».

Philippe Rosenthal