Il affirme avoir été piégé : Philippe Douste-Blazy a pris ses distances ce jeudi face à la polémique autour du documentaire Hold up, un film véhiculant les thèses complotistes qui prétend dénoncer les « mensonges » liés à la pandémie de coronavirus. L’ancien ministre de la Santé se désolidarise du documentaire avançant des théories complotistes sur la crise sanitaire et sur sa gestion.« Je suis scandalisé par ce que j’écoute là et je suis scandalisé par ce qu’il y a, ou presque tout », a-t-il déclaré.

Philippe Douste-Blazy affirme avoir été contacté mi-septembre par des producteurs pour participer à un « film inattaquable » auquel « des personnalités du monde entier vont participer »

« Je l’ai fait de bonne foi. Depuis le début de cette crise je donne mon avis sur la manière et la stratégie qu’il faudrait faire de santé publique« , justifie Philippe Douste-Blazy. « On entend que cette pandémie serait l’occasion pour Bill Gates de gagner beaucoup d’argent, qu’elle était prévue depuis 4-5 ans, que ça vient de l’institut Pasteur« , a énuméré l’ancien ministre. Et d’ajouter, au micro de RTL : « Je suis scandalisé par ce que j’écoute là et je suis scandalisé par ce qu’il y a, ou presque tout ».

Membre du conseil d’administration de l’IHU de Marseille, dirigé par Didier Raoult, l’ancien ministre de la Santé est interrogé dans le film sur l’hydroxychloroquine, dont il reste un fervent défenseur, estime s’être fait piéger par l’un des producteurs, Christophe Cossé. « Je vais y réfléchir à trois fois avant d’accepter la moindre interview » et souhaite en être retiré.

De son côté, l’actrice Sophie Marceau a pris sur internet la défense du documentaire. « Ils nous appellent inutiles… », a-t-elle écrit sur son compte Instagram dans un post qui reprend l’affiche du documentaire et renvoie par un lien vers le site qui propose le film au visionnage.  Son post a provoqué de nombreuses réactions et un long débat sur Instagram.

De quoi s’agit-il ? Le film, long de 2h40, est officiellement sorti mercredi en VOD. Il se targue de dévoiler la vérité sur la crise sanitaire actuelle. Il finit par évoquer, dans la plus grande confusion, une conspiration mondiale, accusant pêle-mêle : Bill Gates, David Rockefeller ou encore Jacques Attali de vouloir nous implanter des puces reliées à la 5G, ou d’avoir organisé une euthanasie massive au Rivotril dans les Ehpad…

Un film qui prétend « raconter les dessous de ce hold-up mondial » (la pandémie du Covid) en donnant la parole à des personnalités controversées. Parmi eux notamment, Laurent Toubiana, qui assurait en octobre qu’il n’y « aurait pas de deuxième vague épidémique ». Jusqu’à la sociologue Monique Pinçon-Charlot qui estime que, comme « l’holocauste » à l’époque « des nazis », la pandémie a été programmée pour éliminer les pauvres de la planète, devenus inutiles aux riches.

Dans une tribune publiée sur le site l’un des producteurs du film, Christophe Cossé, résume le propos du documentaire ainsi : « C’est la base du film, nous évertuer à comprendre : les mensonges, la manipulation, l’ingénierie sociale, la corruption. Il faut bien se figurer que la privation de nos droits, de nos libertés, de nos choix est un hold-up. Nous aurions pu l’intituler « Coup d’État », écrit-il.

Petit florilège :    Le confinement ? Inutile !  Hold Up remet en cause l’utilité du premier confinement. « Le virus a donc particulièrement sévi du 15 mars au 15 avril, période où nous étions tous confinés grâce à une mesure historique censée ne pas faire apparaître cette courbe », assure la voix-off. Une assertion qui fait fi de toute logique, puisque les effets bénéfiques du confinement ne pouvaient pas s’observer dès les premières semaines de son instauration. Une étude des chercheurs de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) a d’ailleurs depuis démontré que le confinement avait permis d’éviter plus de 61 000 décès en France.

L’OMS ne préconiserait pas le port du masque : « L’OMS ne dit pas que tout le monde doit mettre un masque », assène Astrid Stuckelberger. Une affirmation tout bonnement fausse. Les recommandations de l’OMS sont claires : « Si le Covid-19 se propage dans votre communauté, protégez-vous en prenant quelques précautions simples, comme maintenir une distance physique avec autrui, porter un masque, bien ventiler les pièces […]. Considérez le port du masque comme normal lorsque vous êtes avec d’autres personnes. »

La chloroquine : Dans Hold-Up, la question ne semble pas faire de doute : il existerait un acharnement gratuit contre l’hydroxychloroquine défendue par Didier Raoult. « c’est pour moi un immense scandale », s’insurge Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Et d’ajouter : « Il y a une efficacité. […] Mes confrères réanimateurs disent qu’il y a beaucoup moins de passage en réanimation, il n’y a pas de décès ». Pourtant aucune étude n’a su établir pour l’heure l’efficacité du traitement. « À ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d’un bénéfice de l’hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19 », précisait même l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Des propos soutenus par la publication de plusieurs méta-analyses soulignant que l’hydroxychloroquine n’avait – dans le meilleur des cas – aucun impact sur la mortalité des patients hospitalisés.

Une transmission de l’animal à l’homme remise en cause : On sait pourtant que la variole nous vient des rongeurs, le Sida, des grands singes, et Ebola des chauves-souris .

Les faits sont têtus, il est plus facile de s’arranger avec les contre-vérités.

Corinne Lamoureux