Le géant chinois de la construction Evergrande, plombé par une dette de 260 milliards d’euros, pourrait faire défaut. Dopé par l’envolée des prix de l’immobilier, ce conglomérat s’était lancé dans une politique de croissance effrénée, mais fait face aujourd’hui à de grandes difficultés.

L’immobilier en Chine inquiète. Depuis près d’un mois, le géant Evergrande est dans la tourmente. Surendettée à hauteur de 260 milliards de dollars, l’entreprise, qui alimente près de 4 millions d’emplois directs et indirects dans le pays, a stoppé l’ensemble de ses chantiers. Le groupe avait annoncé le 14 septembre ne pas être en mesure d’honorer ses obligations.

Le schéma est simple. Pour bâtir, les promoteurs immobiliers doivent s’endetter. Une fois construits, les immeubles sont mis en vente ou en location, ce qui permet à l’entreprise de recevoir des dividendes. Ces revenus servent ensuite à rembourser les intérêts de la dette. « Tant que la dette augmente, mais que les revenus sont suffisants pour rembourser les intérêts, il n’y a pas de problème », appuie Marc Touati dans une vidéo

Fondé en 1996, Evergrande, ou Hengda, en chinois, a profité de l’urbanisation accélérée du pays pour s’imposer. Particulièrement ambitieux, le groupe, pariant sur la hausse continue des prix, a multiplié les projets à travers le pays et accumulé 1 970 milliards de yuans – environ 260 milliards d’euros – de dette… soit 2 % du produit intérieur brut (PIB) chinois.

Les difficultés se succèdent pour Evergrande depuis mi-2020 : pour tenter de faire entrer des fonds, le groupe brade ses appartements, si bien qu’au premier trimestre ses profits ont chuté de 29 % et le cours de l’action Evergrande a chuté de 90 % depuis le début de l’année. Le 13 septembre, l’entreprise a admis faire face à une pression financière « énorme ». Depuis, des investisseurs, fournisseurs non payés et propriétaires d’appartements achetés sur plan, ont manifesté devant des locaux d’Evergrande dans plusieurs villes de Chine.

La bulle immobilière chinoise ne date pas d’hier. L’immobilier et la construction représentaient déjà environ 15 % du PIB chinois en 2017. L’année d’avant, Wang Jianlin, patron du conglomérat immobilier Wanda, avait été l’un des premiers lanceurs d’alerte lorsqu’il avait dit sa « profonde inquiétude » envers un marché devenu « incontrôlable » face à l’appétit vorace des épargnants pour la pierre, plus rémunératrice que la Bourse et les dépôts bancaires. « Je ne vois pas de bonne solution, avait-il lâché. Le gouvernement a mis en place toutes sortes de mesures, limitant les achats et le crédit, mais rien n’a fonctionné. » La bulle et la spéculation effrénée sont-elles devenues une bombe à retardement pour la Chine et, par contagion, pour le monde ?

Sahara Cohen