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Tout le monde le sait, il y a certaines zones de France où il vaut mieux ne pas être malade, sous peine de devoir retrousser ses manches pour trouver un médecin. Pointés du doigt depuis plusieurs années déjà, la désertification médicale et le manque de médecins de campagne sont de vrais problèmes pour les français. Seulement voilà : sans réaction, la situation devrait empirer dans les années à venir.

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Premier phénomène en cause, et pas des moindres : l’attraction du sud. On y trouve en effet nettement plus de médecins que dans le nord, le temps y étant plus clément et donc plus agréable. Mais ce n’est pas la seule raison. Les conditions d’exercices du métier y sont également pour beaucoup. Travailler plus de 50 heures par semaine, enchainer les gardes et s’occuper seul de milliers de familles n’attirent pas vraiment, d’autant plus que le salaire n’est pas plus élevé qu’un médecin implanté dans une grande ville. Malheureusement, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur car les médecins en exercice depuis les années 70 partent progressivement en retraite, sans toujours avoir de remplaçant. D’autre part, il y a de moins en moins de diplômés depuis une trentaine d’années, ce qui tend donc à renforcer cette tendance à la désertification. En 2014, Dr Mehdi Mejdoubi, médecin et chef de pôle, avait quant à lui expliqué que le problème de pénurie traduit d’abord un problème d’organisation, relevant qu’en 2013 le problème était déjà présent alors que la France n’avait jamais compté autant de médecins en activité (215 000 en 2013).

En Ariège, un village recherche désespérément un médecin

A Quérigut, dans l’Ariège, un seul cabinet médical pour couvrir une zone de 30 km à la ronde. Seulement voilà, le docteur Françoise Bordes souhaite déménager en janvier 2016 et, malgré plus de six mois de recherche, elle peine à trouver un successeur. Les habitants sont inquiets, et à juste titre, car si le cabinet médical ferme, ils devront faire plus de kilomètres pour en trouver un autre et tout le monde n’en est pas capable. Ce problème pourrait également faire fuir les gens de ces zones rurales puisque la présence d’un médecin est une condition relativement basique pour inciter les familles ou les personnes âgées à s’installer ou à rester dans le village. Pour l’heure, la collectivité a mis en place un logement pour le médecin et tous les efforts sont faits par la municipalité pour rendre les loyers attractifs. Comme le souligne le reportage de Laurent Winsback et de Pascal Dussol, ce petit village de montagne de 550 habitants présente aussi une qualité de vie indéniable. Autant de points positifs qui ne suffisent pas encore à attirer un jeune médecin de campagne pour reprendre le flambeau. Après avoir investi les réseaux sociaux puis la télé (TF1, France 3) Quérigut continue sa mobilisation pour faire passer le message. L’appel est désespéré : trouver un remplaçant est vital mais compliqué.

Des cas semblables relevés un peu partout en France

Quelques minutes de recherche sur internet suffisent pour se rendre compte de l’étendue du problème. Le 26 janvier 2015, France 3 publiait déjà un nouveau cas de pénurie de médecins de campagne, cette fois en Haute-Saône. A Noroy-le-Bourg, en Franche-Comté, deux médecins étaient implantés dans ce village de presque 500 habitants pendant des années. Mais après une carrière de 36 ans, le docteur Yves Varin part en retraite. Avant de cesser son activité, il prend toutefois le soin de prévenir le conseil départemental de l’Ordre des médecins de Haute-Saône et rencontre même une déléguée pour la démographie médicale. Un blog est également créé. Mais personne ne se manifeste pour prendre la relève. Des annonces sont postées sur le web pour trouver un collaborateur au médecin restant, le Docteur Girard-Claudon, forcément surchargé de travail. Même histoire à Coulomby, près de Saint-Omer, où le maire a été jusqu’à prêter la mairie pour qu’un médecin s’installe dans sa commune de 800 habitants. On pourrait parler aussi des commerçants et artisans de Labaroche à une vingtaine de kilomètres de Colmar (Haut-Rhin) qui ont réalisé un clip vidéo pour tenter d’attirer un médecin de campagne.

Quelles sont les solutions ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, des mesures sont prises pour attirer les médecins. En septembre dernier, la présidente de Noragjir, un syndicat de jeunes médecins généralistes, expliquait dans le 20 Minutes que « de nombreuses aides financières existent, mais les jeunes médecins ne les connaissent pas ». Toujours selon elle, trop peu d’heures sont consacrées à former les étudiants à la gestion d’un cabinet médical. Le syndicat avait organisé à la faculté de médecine de l’université catholique de Lille un colloque pour proposer des solutions pour résoudre le problème qui touche les médecins de campagne. Parmi les participants, on trouvait le Conseil de l’Ordre des médecins mais aussi l’Agence régionale de santé et la CPAM. Une preuve que la thématique suscite un vif intérêt. Du côté des internes cette fois, les débats sont tendus avec le gouvernement puisqu’ils tiennent à leur liberté d’installation, ce qui peut se comprendre. En novembre dernier, la ministre de la santé Marisol Touraine a présenté à Dijon le deuxième volet du Pacte Territoire Santé. Il comprend des mesures permettant d’aider les médecins libéraux à s’installer dans les déserts médicaux. Une page officielle dédiée à la lutte contre les déserts médicaux a été créé par l’Etat. Parmi les mesures présentées pour encourager les jeunes médecins à s’installer en zone rurale, on trouve les contrats d’engagement de service public (CESP) qui devraient être au nombre de 1700 d’ici 2017. Les contrats de Praticien Territorial de Médecine Générale (PTMG) ont également le même but et permettent de garantir aux jeunes médecins un revenu et une protection sociale améliorée pendant les deux premières années d’installation. Les mesures mises en place prévoient aussi l’augmentation du nombre de Maisons de Santé (qui regroupent géographiquement plusieurs professions médicales assurant les soins de premiers secours). Leur nombre devrait être porté à 1 000 d’ici 2017.