Le recours à l’outrage, au scandale, à la publicisation de la vie privée est constitutif de l’américanisation de la sphère politique. L’affaire Griveaux traduit-elle l’importation d’un « style » de vie politique à l’américaine ? Ne serait-elle pas, à l’ère des réseaux sociaux, un symptôme de la modernité ?

Nombre des commentateurs, qui ont suivi le retrait du candidat LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, ont insisté sur la levée de la barrière symbolique séparant traditionnellement en France, vie privée et vie publique des hommes et des femmes politiques. Les termes de « puritanisme » et « d’américanisation » ont immédiatement suivi pour qualifier la publication sur le Net, relayée par les réseaux sociaux, d’une vidéo de l’ancien porte-parole du gouvernement.

L’hystérie de la « transparence » joue à plein avec cet effet pervers : elle prend les démocraties en otage. Cette pathologie voyeuriste voire policière se donne un alibi : le citoyen doit tout savoir sur ceux pour qui elle s’apprête à voter.. Cette obscénité (au vrai sens du terme : exposition au public) prend un tour accablant et dénature nos institutions car la vertu ne préjuge pas de ce qu’on demande à un homme politique. On ne cherche pas à élire un curé, on cherche à élire un homme politique qui a un projet pour une ville ou la nation. Pour tenir le rênes d’un pays aussi compliqué que la France, par les temps incertains qui courent mieux vaut un Churchill (ou un Mirabeau) qu’un Robespierre : mieux vaut un Churchill rogue, caractériel, imbibé de cognac qu’un Robespierre vertueux (« l’Incorruptible ») qui envoya des milliers de têtes sous le couteau de la guillotine et fit régner la Terreur. La vertu a ses ayatollahs, ses fondamentalistes, elle ne garantit pas du totalitarisme.

On se souvient du précédent Strauss-Khan. A l’époque, deux ans avant la présidentielle 2012, on avait déjà pointé l’impossibilité pour un responsable politique de présenter un projet en étant mis en cause dans une telle affaire. Et dans le cas de DSK, l’affaire était encore différente : il était alors accusé d’agression sexuelle. On a franchi un cap en 2014, avec le livre de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment, qui dévoilait une partie de sa vie privée avec François Hollande, alors président de la République. Dans le cas de Benjamin Griveaux, le fait même qu’il soit au cœur d’une question de mœurs a interrogé la viabilité de sa campagne. Une forme de puritanisme semblable à celui des Etats-Unis est donc en train d’apparaître Cette américanisation supposée des mœurs en politique est-elle réelle .Porté par ce même goût de l’imitation de la gauche américaine, le puritanisme américain a fait son entrée en France, progressivement

Mais n’oublions pas que la France est un pays latin et non anglo-saxon et qu’au fond d’eux , les Français tiennent à cette spécificité dans le pays des Liaisons Dangereuses et de Rabelais. Chez nous encore, libertinage et gauloiserie font partie intégrante de notre patrimoine : nous nous autorisons quelques grossièretés mais le pire des péchés c’est à coup sûr la vulgarité !

S de La Houssière