Carl de Miranda, auteur de « Un monde heureux est (encore) possible » aux éditions Jouvence et lauréat du prix littéraire « Vu d’Ailleurs » répond à nos questions

VDA/ Notre société vise de plus en plus la performance : dans le domaine professionnel, sexuel, sportif etc…

 comment jugez-vous cette tendance? 

La performance ne vise qu’à améliorer les moyens pour parvenir à un objectif, elle ne se pose pas la question du bien fondé de l’objectif, de son mérite. Si nous recherchons la performance pour accomplir une tâche vertueuse, porteuse de bonheur individuel et collectif, alors cette recherche a toute sa place. En revanche, si nous cherchons à être performant dans une tâche qui ne contribue pas au bonheur individuel et collectif, alors cela devient nuisible. Par exemple, si nous cherchons à vendre toujours plus de produits présentant une dimension de plaisir addictif, dont la production nuit à la préservation de l’environnement, dont la consommation est potentiellement nuisible à la santé, alors la performance commerciale devient contraire au bien commun. Et nous voyons là poindre le nécessaire discernement permettant de mieux évaluer la portée de nos actions, professionnelles, familiales, sociales, financières, politiques… Nous avons besoin de retrouver une vision plus profonde, davantage de conscience permettant d’orienter nos choix. C’est uniquement à cette condition que la recherche de performance pourra redevenir vertueuse.

VDA/ N y a t il pas un paradoxe à affirmer que selon vous, notre société est essentiellement matérialiste tandis qu’ on observe que les religions traditionnelles restent très présentes sur tous les continents ( hors Europe), que certaines se radicalisent, que dans le même temps  les spiritualités du bien-être  se développent ainsi que de nouveaux courants prosélytes comme les évangéliques.  Comment matérialisme et spiritualité peuvent ils cohabiter?

Une société excessivement matérialiste voit nécessairement le bonheur lui échapper, car elle est déconnectée de la profondeur de la vie, de la profondeur de notre être, là où se trouvent justement le véritable bonheur stable et durable, la paix intérieure, l’amour inconditionnel…

Dans un monde matérialiste, la vie semble se résumer à rechercher des plaisirs passagers tout en fuyant les désagréments, et nos pensées suivent alors compulsivement cet objectif, défilant en permanence dans notre tête, accaparant totalement notre attention. En conséquence, notre capacité d’attention n’est plus disponible pour découvrir toute la richesse du vivant en nous-mêmes : émotions, ressentis plus ou moins subtils, paix, félicité, amour inconditionnel… Le matérialisme devient ainsi un cercle vicieux, engendrant davantage de pensées compulsives qui à leur tour nous privent de l’accès à la profondeur de la vie, nous déconnectant de notre profondeur. Une société matérialiste est véritablement séparée du bonheur par un fleuve de pensées qui s’écoulent constamment en chacun. La société se tient sur une des rives de ce fleuve et le bonheur de l’autre.

Bien sûr, ici ou là des personnes se mettent en quête d’un véritable bonheur, ressentant la vacuité inhérente à l’approche matérialiste, usé par le cycle infini des petits plaisirs entrecoupés de désagréments. Ces personnes aspirent légitimement à davantage de bonheur et d’amour et se tournent vers les méthodes ou les voies d’épanouissement à leur disposition. Mais, le constat reste relativement clair : notre société est pour l’instant profondément soumise à une prédominance de la pensée compulsive et a grand besoin de renouer des liens avec la profondeur du vivant, qu’il se trouve en nous-même ou tout autour de nous, dans notre environnement. La spiritualité authentique, c’est la reconnexion avec la profondeur de l’existence. Et elle est parfaitement compatible avec l’harmonie au sein du monde matériel. Elle en est un réalité un prérequis qui fait aujourd’hui défaut.

VDA/ Au final  » un monde heureux est-il encore possible » ?

Evidemment. Tout est entre nos mains. Nous aspirons tous au bonheur mais nous suivons aujourd’hui de mauvaises stratégies pour recherche le bonheur. Les déséquilibres environnementaux que nous constatons depuis plusieurs décennies sont symptomatiques de déséquilibres plus profonds, lesquels se sont enracinées dans nos sociétés, nos modes de vie et en nous-mêmes durant les derniers siècles. La Nature a entamé un processus d’avertissements de plus en plus fréquents et puissants, proportionnels au déséquilibre qu’elle subit par l’influence humaine, et l’épisode de la Covid-19 que nous traversons en témoigne. A nous de l’entendre au plus vite. Et si nous voulons rétablir l’harmonie avec notre environnement, il nous faut aussi traiter les causes plus profondes qui se trouvent en nous-mêmes et dans nos modes de vie, et qui en vérité nous rendent malheureux. Voilà le travail qui nous attend : un travail de conscience intérieure pour se reconnecter avec notre profondeur en parallèle d’un travail de préservation de l’harmonie au sein de l’écosystème planétaire. Alors le bonheur nous tend à nouveau les bras dans toute sa complétude : bonheur intérieur, bonheur en relation avec les autres, bonheur en relation avec l’environnement. Allons de l’avant avec enthousiasme!