Disons-le tout de suite : si déboulonnage il doit y avoir, il ne s’agira ici que de déboulonnage symbolique. Pas question de dépenser l’argent du contribuable à dézinguer des statues ou à changer les plaques des rues et des places ? Colbert nous a coûté assez cher comme ça.

Et d’abord le Code Noir. C’est un code typiquement esclavagiste rédigé par Colbert, ministre de Louis XIV, pour réglementer le travail et les moeurs, comme on disait à l’époque, des populations des Antilles. Il a été publié en 1685, deux ans après sa mort. Colbert ne fait ici que se soumettre aux impératifs de l’esclavage, pratiqué par toutes les nations.

La culture de la canne à sucre est au centre de ce système d’exploitation. Le Code Noir vise à mieux contrôler les activités et le commerce, de l’industrie sucrière et ainsi de permettre, soit-disant, une meilleure résistance face à la concurrence. Et c’est là que l’on retrouve la marque originale de Colbert.

Car le ministre de Louis XIV est d’abord celui qui a perfectionné l’étatisme à la française : pointilleux, tracassier, et en fin de compte ruineux pour notre pays.

Etatisme, c’est d’abord l’art et la manière de lever des impôts, car il n’y a pas d’Etat sans contribution forcée des citoyens, le faux-monnayage, une autre spécialité étatique, ne pouvant suffire à abonder le Trésor public. Or Colbert est un orfèvre en matière fiscale « Plumer l’oie de façon à obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris. 1» Tel est le conseil qu’il donnait à son royal maître. L’inventeur de l’impôt indolore, c’est lui, et l’on en a vu, depuis, de nombreuses applications, même au 20ème siècle, comme la TVA ou la CSG. Il y a certes aussi une autre façon de rendre l’impôt moins pénible : c’est de faire crier les plus riches (par exemple l’ISF cher aux socialistes et écologistes français qui réclament encore aujourd’hui sa restauration) pour faire passer la pillule aux autres classes. Là encore on trouve de nombreux disciples du ministre de Louis XIV. Car l’objectif premier de Colbert c’est bien, littéralement, d' »obtenir le plus possible de plumes », c’est-à-dire d’arracher le maximum de recettes fiscales, en langage vulgaire, plumer au maximum les contribuables. Avec de tels préceptes, il était facile d’attirer l’attention et les faveurs de Louis XIV qui non seulement n’entendait rien à la finance, mais en outre se livrait sans compter à des dépenses somptuaires (Versailles) et guerrières, pour ne rien dire des largesses accordées à ses nombreuses maîtresses, à ses bâtards et à ses enfants.

Philippe Simonnot