Jules Ayuso

Nous le savons depuis Rabelais, « la science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Aujourd’hui, la société semble s’être affranchie de cette célèbre maxime, à son grand désarroi.

La science est l’ensemble des connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et vérifiés par les méthodes expérimentales. Elle est soumise à un impératif moral pour parer à ses dérives éventuelles. Envisager la science sans angle moral et sans réflexion, c’est déshumaniser notre société. D’une science sans âme à une science sans but, il n’y a qu’un pas.

Les trente dernières années marquent l’âge d’or d’une société en proie à la superficialité. Essor de réseaux sociaux narcissiques en tout genre, développement de gadgets de réalité augmenté superflus, jusqu’à l’éloge de la fourchette intelligente qui vibre lorsque vous mangez trop vite, ces distractions abrutissantes sont symptomatiques d’un progrès technique désabusé.
Les technologies ont aliéné les hommes là où elles devaient justement les soulager. Exit la noble ambition de réduire la pénibilité du travail, les tâches répétitives et inhumaines entamant l’espérance de vie. Le progrès technique a été dévoyé, consacrant la trahison de sa promesse originelle, sacrifiée sur l’autel du capitalisme béat. L’appât du gain a détourné la technologie, cédant à ses chimères productivistes.

Il s’agissait à l’origine de mettre fin à la brutalité du fordisme, de proposer une alternative durable à la rigueur du labeur dans les champs, à la dangerosité de celui à la mine. Il était question de marquer une rupture avec le fardeau du travail physique, épée de Damoclès d’une classe ouvrière accablée, mais toujours volontaire.

Il n’en a rien été.

Cette promesse, c’était aussi celle de l’éducation populaire. Favoriser l’instruction, la diffusion de la connaissance, c’est émanciper les peuples de leur condition. Nous devons faire appel à une « intelligence collective » pour endiguer l’essoufflement de notre civilisation des Lumières. Il s’agit là de créer du commun. 

Une ambition. Quitter la société de la technique pour une société de la science.
Hier, les élites du progrès technologique nous proposaient Tinder. Demain, elles devront guérir le cancer et dépolluer les océans.

Baser la réussite d’une innovation à sa rentabilité financière, c’est tourner le dos au bien commun. C’est se cantonner à des innovations de supermarché. Nous ne pouvons poursuivre dans cette voie. L’innovation ne saurait pas se résoudre à n’être qu’un marchepied du capitalisme. Ne la cantonnons pas à des babioles technologiques superfétatoires, à des distractions déconnectées supposées combler le vide de l’existence.
Voulons-nous d’une société de la science ou de la rentabilité ? D’une société de la recherche ou du profit ? D’une société éclairée ou aveuglée par les passions consuméristes ?

La science, c’est l’outil impérieux des plus belles avancées de l’humanité. La science, c’est le vaccin, l’invention d’Internet, la conquête spatiale. La science, c’est ce formidable esprit d’innovation et de découverte, intemporel, unique, humain.