Votre Dictionnaire Amoureux du Général vient de paraître chez Plon. C’est votre troisième opus dans cette collection prestigieuse :

Oui c’est une grande fierté pour moi d’avoir été approché par Jean-Claude Simoën qui a  crée la collection en 1997. J’ai écrit le Dictionnaire amoureux de la France et le Dictionnaire amoureux du Catholicisme.

Dans cet ouvrage, qui se focalise sur un héros qui fut aussi un homme politique, vous évitez pourtant tous les pièges du dogmatisme 

Je préfère le sourire de l’humour au fiel de l’engagisme, les idées qui émeuvent à celles qui mobilisent, les affinités électives aux fraternités partisanes.Je m’inscris dans une filiation d’écrivains qui de Pascal à Mauriac en passant par Chateaubriand, Zola, prend des positions dans la presse, des livres  sur la vie publique l’air du temps voire la politique. Je n’ai jamais appartenu à un parti, un syndicat, une secte, une maçonnerie. Mais je suis   gaulliste depuis l’enfance : mon père m’a élevé dans l’admiration du Libérateur de 1940. Ce qu’a réalisé le Général en tant qu’homme d’État aura été des plus salutaires mais pour moi l’essentiel n’est pas son action politique entre 1958 et 1969, c’est d’avoir pris le parti de l’insoumission, de s’être levé pour dire non.

 

On peut dire que De Gaulle est votre héros ; d’ailleurs vous consacrez une entrée du Dictionnaire à ce sujet :

En effet, De Gaulle est le héros d’une histoire de France idéale qui emprunterait tour à tour la plume de Michelet et celle de Bainville. De Gaulle s’inscrit dans ce fond de romantisme dont j’ai une nostalgie inguérissable aux côtés de Vercingétorix, Sainte Genevière, Roland, Saint Louis, Jeanne d’Arc, Bayard… Notre histoire fut grandiose, et De Gaulle assurément aura été un chef de guerre et un homme d’État parmi les plus grands .Parce que de Gaulle est un héros. Comme Napoléon. À mille égards différent de Napoléon que d’ailleurs il n’admirait pas sans beaucoup de réserves. L’hubris napo-léonienne invoquait les grands conquérants, Alexandre,César, Tamerlan : conquérir l’espace en subjuguant les peuples pour défier le temps ; le dessein gaulliste a enrôlé Vercingétorix, Jeanne d’Arc et les soldats de l’An II dans une croisade où la France doit être protégée et relevée.Ne pas confondre le héros avec le grand homme d’État, ou le grand chef militaire. Richelieu s’est acquis des titres à notre gratitude ; il n’est pas pour autant un héros.

Vous avez écrit un Dictionnaire amoureux de la France : votre idée de notre pays rejoint-elle celle qu’en avait le général de Gaulle ?

La France selon De Gaulle est une princesse de conte de fée sans autres atours que sa grâce naturelle, pas une divinité guerrière. Comme lui, j’aime la France de façon charnelle, dans sa géographie, dans sa gastronomie, je l’aime spirituellement aussi : sa littérature, sa langue, son patrimoine. De Gaulle avait un orgueil de la France, il la sublimait, la chimérisait et l’appelait « la madone aux fresques des murs ».

 

Comme dans tous vos ouvrages, on ressent une certaine mélancolie. Votre Dictionnaire n’y échappe pas

Le gaullisme est forcément lourd de nostalgie depuis ce soir de l’hiver 1970 où Georges Pompidou prononça avec la gravité requise ces simples mots à la télévision : « De Gaulle est mort, la France est veuve ». Le lendemain paraissait dans un quotidien le dessin de Faizant où Marianne pleure les larmes de notre patriotisme endeuillé sur un gros chêne déraciné. Pour les Français de ma génération, cette nostalgie incitait à un fatalisme désemparé : les temps ordinaires ne nous promettaient que des jours de grisaille dans une société anonyme.

Quel est votre rapport personnel avec le Général ?

Pour nous, orphelins du dernier récit épique de l’histoire, le gaullisme reste un ordre de chevalerie. Mais une chevalerie des âmes, intimiste en quelque sorte, chacun vouant un culte à son héros de prédilection, le Maréchal Leclerc pour les uns, les cadets de Saumur, Jean Moulin, l’historien Marc Bloch ou l’aviateur Pierre Clostermann pour les autres. Une chevalerie dont l’adoubement est accessible à tous nos compatriotes, pour peu qu’une émotion l’assiège lorsqu’apparaît sur un écran ou un document la silhouette fantomatique d’un géant coiffé d’un képi à deux étoiles. Le pire qui puisse accabler la France du XXIe siècle serait une perte de sa mémoire gaullienne, car elle récapitule en un camaïeu d’images hautement symboliques, la dramaturgie de 16 siècles d’histoire-géo.

 

Propos recueillis par S de La Houssière