Après le vote sur le projet de loi sur le mariage des personnes de meme sexe, serions-nous entrain de vivre un libéralisme sociétal?

Je ne vois strictement pas ce que le libéralisme pourrait venir faire là dedans. Ou plus exactement, je vois ce que les idées libertariennes peuvent venir faire là dedans, mais pas les idées libérales. Les libertariens posent comme principe directeur la liberté de l’individu et sa souveraineté sur lui-même. Ils en font dériver la liberté de passer contrat. Le mariage étant un contrat, il leur est possible de concevoir le mariage homosexuel comme un contrat passé librement entre deux individus : cela dit, les libertariens étant hostiles à l’Etat, l’idée d’un contrat entériné par l’Etat serait contraire à la conception libertarienne du monde. Pour des libéraux au sens hayekien du terme, il importe de prendre en compte des dimensions plus vastes et plus profondes. Dans La présomption fatale, Hayek parle du fait que « la morale a été déterminée par des processus qui ne nous sont pas compréhensibles » et «l’illusion rationaliste selon laquelle l’homme, en faisant usage de son intelligence », pourrait inventer une morale. Le mariage, la famille hétérosexuelle, l’éducation des enfants dans le cadre de la famille hétérosexuelle font partie de normes morales déterminées par des processus qui ne nous sont sans doute pas compréhensibles, mais qui ont assuré l’existence de la civilisation dans laquelle nous vivons. Prétendre s’affranchir de ces normes morales et institutionnaliser cet affranchissement relève de l’ « illusion rationaliste » et constitue un glissement délétère vers la « présomption fatale » dénoncée par Hayek.

Comment pouvons- nous moraliser la politique en France?

Les problèmes qui se posent en France aujourd’hui sont multiples. Il existe une absence de réelle séparation et de réel équilibre des pouvoirs. Les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ne se surveillent pas les uns les autres et ne s’équilibrent pas. La France par ailleurs, n’a jamais été un état de droit au sens lockéen du terme, et n’a jamais connu un « gouvernement du droit et non des hommes » selon l’expression de John Adams. Il existe en supplément une tolérance vis-à-vis de la corruption qui existe dans toutes les sociétés catholiques, et qui est beaucoup plus absente dans les sociétés protestantes en raison de la relation au péché inhérente au protestantisme. Enfin, la France est un pays d’économie mixte, profondément rongé par le socialisme, ce qui fait que l’interventionnisme en matière économique et les actes de corruption peuvent y proliférer plus aisément. Moraliser la vie politique impliquerait une mutation sur tous ces plans à la fois. Je la pense impossible.
Depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, on assiste à « une asphyxie » fiscale.

Cette politique permettra t- elle de donner de la voie aux libéraux  dans les prochaines échéances électorales?

Je ne le pense pas une seule seconde. L’asphyxie dont vous parlez condamne le pays à une croissance faible ou nulle, à un taux de chômage élevé, à un accroissement de la pauvreté, mais elle permet à la gauche de se créer des clientèles électorales selon les règles bien établies du marché politique. La droite, pour gagner, doit tenter de piocher dans la clientèle électorale de la gauche, ou s’appuyer sur des éléments de programme extra économiques pour arriver au pouvoir, et une fois au pouvoir, elle ne touche pas, ou de façon marginale, aux « avantages acquis » mis en place par le clientélisme électoral de la gauche. Les idées de liberté d’entreprendre et de création et d’Etat reconduit à ses fonctions régaliennes ne peuvent, en ces conditions que rester marginales en France. Et leur marginalisation est accentuée par le fait que les grands médias et le système d’enseignement ne cessent de les diaboliser. La prééminence des idées libertariennes dans les mouvements libéraux en France me semble d’ailleurs être un symptôme de la marginalisation du libéralisme en France. Quand un courant intellectuel est marginalisé, il glisse plus aisément vers des discours utopiques déconnectés de la réalité. C’est ce qui se passe.

Georgette Benahamour