Philippe Simonnot

Macron est-il notre Poutine ? Conne on le sait, les Russes ont approuvé une réforme de leur Constitution, dont l’article 81 permet désormais à l’actuel président de rester au pouvoir après la fin de son mandat, en 2024, jusqu’en 2034. En projetant un horizon à dix ans, dans son entretien télévisé du 14 juillet (90 mn sans essouflement), l’actuel président de la République française compte-t-il rester au pouvoir au moins jusqu’à 2030 (2020 + 10) ? A cette date, le « tsar français » n’aura que 53 ans alors que son homologue russe en a aujourd’hui 67 ! Et son regard est toujours d’un bleu inoxydable.

Au cours de ce même entretien télévisé, quand Léa Salamé lui a demandé s’il comptait se représenter en 2022, il était visiblement heureux qu’on lui pose la question. Evidemment, il n’y a pas répondu, mais il est clair qu’il pense tous les jours et toutes les nuits à l’échéance présidentielle. Faire mieux sur ce plan que ses mentors, Giscard d’Estaing et Sarkozy qui ont échoué à gagner une deuxième fois l’élection présidentielle, c’est le challenge qu’il s’est fixé. Sur ce plan, il a pris un risque en congédiant Edouard Philippe. Car son ancien Premier ministre, libéré des corvées de Matignon, pourrait être un redoutable adversaire dans une nouvelle course à l’Elysée. Mais peut-être – justement – Macron a-t-il été obligé de prendre ce risque. Autrement dit, c’est Philippe qui a voulu partir.

Evidemment le Président, avec cet entretien, a « brûlé » la déclaration de politique générale devant le Parlement de son nouveau Premier ministre, Jean Castex, qui aura lieu le 15 juin. Selon l’article 20 de la Constitution de la Cinquième République, rappelons-le, « le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». En fait, depuis Sarkozy, le Premier ministre n’est plus qu’un “collaborateur”.

Le leader de la CGT, Philippe Martinez, a immédiatement commenté l’entretien par cette formule lapidaire : « il n’a pas changé ». Exact ? Pas sûr si l’on se réfère à la réforme des retraites. Cette dernière n’est certes pas abandonnée dans son principe, car elle est “juste” selon Macron, mais elle est repoussée sine die. Le Président de la République l’a dit lui-même : jusqu’à la crise sanitaire, les réformes ont été menées “tambours battants”. Eh ! bien les tambours ne battront plus.

Une fois encore, Macron a battu sa coulpe. Il n’aurait pas assez expliqué. Il n’aurait pas été assez pédagogue. Il aurait suscité malgré lui de la détestation, de l’hostilité, etc..Vieux refrain ! Le président n’a pourtant cessé d’expliquer sa politique, parfois avec beaucoup de talent et de clarté. Ce qu’il refuse à juste titre, c’est la haine dont il est l’objet. « La haine n’est pas acceptable », a-t-il affirmé avec force. Comment ne pas lui donner raison ! Et ce qu’il laisse entendre quand il déclare que la réforme a été mal « emmanchée », c’est bien sûr une pierre jetée dans le jardin de son ex-Premier ministre et un avertissement sans frais à celui qui vient de lui succéder à Matignon.

Ne restent plus que 600 jours jusqu’à la fin du mandat de Macron. Cela a été rappelé plusieurs fois au cours de l’entretien. C’est peu pour lancer ou relancer des réformes, surtout si l’on lance un référendum pour verdir la Constitution française, réferendum qui, s’il est gagné, renforcera évidemment la main du Président. Et comment ne pourrait-il être gagné s’il complait à la mode écologiste !

Notons une intéressante inflexion de vocabulaire : les premiers de corvée ont remplacé les premiers de cordée. La pandémie virale est passée par là.

Lors de ce même entretien du 14 juillet, Emmanuel Macron a déclaré vouloir rendre « obligatoire le port du masque dans tous les lieux publics clos » à partir du 1er août prochain. Excellente chose étant donné que les risques de la deuxième vague pandémique sont de plus en plus perceptibles. En fait cette obligation aurait dû être imposée dès le premier jour du déconfinement.

Alors que « l’épidémie repart », le Président a souhaité « permettre à toute personne sans prescription médicale, même quand elle n’a pas de symptômes, si elle a un doute, une crainte, de pouvoir aller se faire tester ». Enfin ! dira-t-on.

Par ailleurs, le gouvernement va mettre en place un « dispositif exceptionnel d’exonération des charges pour les jeunes », destiné en particulier à favoriser l’embauche de salariés à « faibles qualifications, jusqu’à 1,6 Smic », a annoncé M. Macron. On retrouve ici les vieilles recettes qui s’attaquent au même vice : le SMIC qui empêche l’embauche des moins qualifiés. Pour ne rien dire des 35 heures. Tant que l’on n’aura pas libéré le marché du travail de ses entraves, les jeunes « à faibles qualifications », pour reprendre l’euphémisme présidentiel, seront sacrifiés.