Le président de l’association France-Asie et du Club D12, ancien député PS du Gard, estime que le futur président de la République devra être moins clivant et plus expérimenté

 

« Vudailleurs.com » : Comment expliquez-vous qu’Emmanuel Macron clive autant auprès de la population française ?

 

Jean-Marie Cambacérès : Il ne faut pas oublier qu’Emmanuel Macron n’a été élu qu’avec 20 % des électeurs inscrits. Il a appliqué un programme, qui n’était donc pas souhaité par la majorité des Français. Résultat, ses trois premières années de mandat ont été catastrophiques et ont fracturé comme jamais le pays : mouvement des gilets jaunes, grève dans les hôpitaux, manifestations contre la réforme des retraites… Il n’a rien fait de nature à rassembler les Français et a méprisé les corps intermédiaires et les élus locaux.

 

Conséquence, aux élections européennes, Marine Le Pen est passé devant LREM, et aux élections municipales, les résultats ont été également très mauvais. Ceci étant, comme Donald Trump aux Etats-Unis, Emmanuel Macron garde son électorat de base, qui tourne entre 15 % et 20 % des électeurs inscrits. Le prochain président de la République risque d’être élu encore avec 20 % des électeurs inscrits. Au regard de la crise actuelle et de tout ce que nous avons vécu, il faudra que ce soit une personnalité apaisante, connue, d’expérience, qui vient pour réformer, notamment la Constitution, et non pour satisfaire sa propre personne. Je crois que les Français ont compris que le dégagisme et le jeunisme ont montré leurs limites.

 

Qu’attendent les Français de leur prochain président de la République, selon vous ?

 

De répondre à l’urgence économique, sociale, environnementale et démocratique. Notre pays a besoin d’un nouveau souffle démocratique. Nous devons inventer un autre système. Je suggère de supprimer le poste de Premier ministre et le droit de dissolution, car le Parlement est élu au suffrage universel mais se voit aujourd’hui souvent imposer ses ordres du jour par le gouvernement. Il faut plutôt privilégier une élection avec un binôme, un président et une vice-présidente. En outre, il est essentiel de permettre aux citoyens de s’exprimer davantage entre deux élections et de leur donner un droit de retrait pour des maires et des députés une fois par mandat.

 

Comment la gauche peut-elle revenir sur le devant de la scène ?

 

En créant un grand mouvement démocrate. Si les écologistes ou les socialistes partent chacun de leur côté, c’est voué à l’échec. D’où cette logique de clubs comme le D12, lancé il y a dix ans. Aujourd’hui, il y a une dizaine d’appels à gauche disant ; « il faut faire autre chose ». Car, ces dernières années, le PS ne dépasse pas les 6 % aux élections. Aux Européennes, nous n’avons plus que trois élus, alors que nous étions l’un des partis les plus importants du continent. Et, contrairement à ce que certains disent, il n’y a pas eu de sursaut aux dernières municipales. Ces bons résultats sont juste liés à la force des personnalités locales du PS et des alliances locales.

 

L’ambition est de rassembler tous ces clubs sur une même plateforme en s’appuyant sur un texte de valeurs communes sur la laïcité, l’Europe, la place de la femme, la décentralisation…