Grâce à leur maîtrise technique, à leur capacité d’innovation et à leur aptitude à proposer des solutions globales de conception-réalisation pour des infrastructures complexes, les entreprises françaises du BTP multiplient les performances à l’international.

Le savoir-faire et la qualité des ouvrages des entreprises françaises de BTP sont reconnus dans le monde entier. Selon une étude du Syndicat des entrepreneurs français internationaux (Sefi), le secteur de la construction française est d’ailleurs le deuxième exportateur mondial, derrière la Chine. En 2019, les entreprises françaises du secteur ont réalisé un chiffre d’affaires à l’international de plus de 34 milliards d’euros, en augmentation de plus de 7 % par rapport à 2018. Si le marché européen compte pour la moitié de cette activité, les entreprises françaises du BTP font aussi référence en Amérique du Nord (6,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires), en Afrique (4,4 milliards), en Océanie (2,3 milliards), en Asie (1,9 milliard), en Amérique Latine (1,4 milliard), au Proche et au Moyen-Orient (0,9 milliard).

 

Selon une étude du cabinet d’audit Mazars, les trois grandes majors françaises (Vinci, Bouygues et Eiffage) s’inscrivent dans le top 4 européen – avec le groupe espagnol ACS. « Sur un marché qui reste peu concentré, elles se distinguent, selon Mazars, par leur taille, la variété de leurs expertises, leur esprit d’innovation, leurs implantations géographiques, leur force de frappe et leur capacité d’adaptation ».

La conception française du BTP séduit à l’international

La qualité des infrastructures françaises – TGV, autoroutes, grandes installations terrestres, portuaires et aéroportuaires – est également reconnue dans les autres pays du monde et fait même souvent office de modèle. C’est une prestigieuse carte de visite pour les leaders français du BTP à l’export, non seulement dans les zones de présence historique de la France comme l’Afrique, mais aussi sur les autres continents.

La conception française du BTP, différente de celle des anglo-saxons, est également appréciée pour la capacité d’initiative et d’imagination des entreprises. En France, les bureaux d’études assurent le travail de conception, mais l’entreprise de BTP garde l’initiative quant aux modalités d’exécution… Tandis que dans la culture anglo-saxonne, les entreprises travaillent plus dans des schémas d’exécutants en suivant scrupuleusement les spécifications du bureau d’études. Il existe ainsi une tradition française de création de solutions alternatives et de variantes dans la réalisation d’un projet, qui tire l’innovation. Cette aptitude se traduit notamment dans la recherche d’économies de matériaux et de ressources – moins de béton, moins d’acier, moins d’énergie. Un argument auquel les donneurs d’ordre sont particulièrement sensibles et qui constitue aussi un facteur clé de succès du BTP français.

Les entreprises françaises interviennent également plus en amont, avec des propositions de conception-construction, de montage d’opérations ou de clé en main. C’est aussi un élément de la compétitivité française. Les marchés émergents, très demandeurs en termes d’infrastructures, sont souvent séduits par l’expertise française, sa capacité d’innovation, mais aussi son aptitude à proposer des solutions globales, prenant en charge les opérations tout au long de la chaîne du projet. Cette approche, qui met en avant un partage équilibré des risques entre les prestataires et le client, et une meilleure efficacité globale au bénéfice de ce dernier, caractérise notamment les contrats de « conception-réalisation », auxquels a décidé d’avoir recours la Société du Grand Paris pour les nouveaux appels d’offre. Les lignes 15 Ouest et 15 Est du GPE, représentant des contrats de 1 à 2,5 milliards d’euros, seront de fait attribuées selon ces critères.

L’exemple d’Eiffage, en pointe sur les grands projets d’infrastructures

Présent dans 50 pays sur les cinq continents et réalisant près du quart de son chiffre d’affaires à l’international, le développement international d’Eiffage illustre bien toutes ces qualités qui font la réussite du BTP français à l’étranger.

Eiffage a notamment acquis en 2018 l’activité de construction maritime du parapétrolier italien Saipem pour créer une nouvelle filiale dédiée aux grands contrats d’infrastructures offshore, en particulier en Afrique. Baptisée Eiffage génie civil marine, cette nouvelle filiale a remporté en 2019, en consortium avec Saipem, un contrat de 350 M€ pour construire le terminal gazier du champ offshore Grand Tortue – Ahmeyim du pétrolier britannique BP, au large de la Mauritanie et du Sénégal. Un contrat global qui intègre la conception, la construction et l’installation. Installée au large et protégée par une digue brise-lames, cette infrastructure d’accostage sera constituée de 21 caissons béton de 16.500 tonnes chacun, fabriqués par Eiffage à Dakar, au Sénégal. Quant à la digue brise-lames, d’une longueur de 1,2 km, elle sera posée par 33 m de fond à 10 km des côtes. Parallèlement, les 2,5 millions de tonnes de matériaux de carrière requis pour la fondation de la digue sous-marine supportant les caissons béton sont produits par Eiffage en Mauritanie, dans une carrière ouverte spécifiquement pour le projet.

 

Parmi les autres grands projets menés à l’international, Eiffage Génie civil a également été choisi pour construire le barrage hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty, en Côte d’Ivoire. Un barrage de 1 400 m dont les ouvrages nécessiteront 1 million de m3 de déblais rocheux et 100 000 m³ de béton. Le chantier s’étalera sur 34 mois et mobilisera 500 personnes au plus fort des travaux.

 

Plus près de nous, en Europe, Eiffage Génie Civil vient de lancer le contrat en conception-construction du tronçon autoroutier de l’E18 en Norvège, qui reliera les villes de Langangen et Rugtvedt. Un contrat d’un montant d’un peu plus de 190 M€, qui inclut notamment l’excavation et l’équipement de plusieurs tunnels, ainsi que la réalisation de quatre viaducs, dont le nouveau pont de Grenland et sa travée haubanée de 330 m. Mené en BVP (Best Value Procurement), l’appel d’offres intégrait des critères de performance, de compétence, d’expérience et de maîtrise des risques. Eiffage s’est appuyé sur le savoir-faire de sa filiale Métal pour la réalisation du pont haubané de Grenland, et sur plusieurs innovations du groupe telles que l’enrobé à très hautes performances GB5 d’Eiffage Route, ou l’application Safety Force pour la prévention sur chantier, ou encore Carasol, méthode développée par le groupe pour caractériser rapidement les sols, et également utilisée sur le grand chantier de la ligne 16 du Grand Paris Express. La livraison de ce contrat en Norvège, qui vise une certification Ceequal niveau « Excellent », est prévue pour l’été 2025. Une tranche additionnelle de près de 260 M€ devrait être attribuée à Eiffage d’ici fin 2021 après une phase d’études complémentaires pour réaliser une section de 10 km intégrant 5,8 km de tunnels bitube.

 

Son savoir-faire en matière de gestion de projets complexes a également permis à Eiffage de se voir confier la réalisation de 80 km de la ligne de TGV britannique HS2, qui doit desservir le nord du Royaume-Uni. Un projet qui comprend 15 viaducs, 5 km de tranchées couvertes, 22 km de rétablissements routiers, 67 ouvrages de franchissement et 30 millions de m3 d’excavation… Pour un montant total – phase de conception initiale et de développement déjà réalisée incluse – d’environ 2,6 milliards d’euros. Preuve que, avec ou sans Brexit, même nos voisins britanniques n’hésitent pas à faire appel à l’expertise française en matière de génie civil et de construction d’infrastructures complexes.

Jérôme Lambert