Marco Polo, à l’Ouest de Pékin, un trou est creusé dans le sol. Des prisonniers défilent et tombent quelques secondes après avoir reçu une balle dans la tête. Lorsque leur cœur cesse de battre, leur corps sont glissés dans un sac, puis acheminés dans une camionnette médicale. Dans le fourgon, qui file en direction de l’hôpital, les instruments sont déjà prêts. Tandis que le foie ou les reins du prisonnier lui sont extirpés à grands coups de bistouri, un patient s’endort lentement à l’hôpital. Il a payé cher pour obtenir rapidement cet organe dont il a besoin pour rester en vie. Souvent sans savoir qu’une autre personne a perdu la sienne pour cela. Les tests de compatibilité entre le « donneur » et le receveur ont été faits avant l’exécution. Il aura suffi d’une balle dans la tête, pour les autorités chinoises, l’essentiel est préservé.
On voudrait ne pas y croire, et pourtant… Les preuves se multiplient et convergent. En Chine, les exécutions de prisonniers deviendraient un véritable « business » pour le gouvernement. Alors que partout dans les pays occidentaux, les organes humains manquent pour sauver des patients, la Chine, elle, n’hésite pas à faire recette en vendant les organes des prisonniers exécutés. Le scandale est connu depuis plusieurs années.

 

« Personne ne s’en soucie, tout le monde ferme les yeux et personne ne s’inquiète des questions morales soulevées par cette pratique courante », a dénoncé le Dr Chen au quotidien hongkongais South China Morning Post

Cependant, le succès des transplantations d’organes ne se dément pas, tandis que se creuse nettement l’écart entre l’offre et la demande. En raison de la pénurie chronique d’organes, 15 à 30 % des patients inscrits sur les listes d’attente décèdent avant d’avoir pu bénéficier d’une greffe. Les organisations criminelles internationales ont repéré ce « créneau » lucratif et font pression sur des personnes en situation de pauvreté extrême, particulièrement dans les pays d’Europe orientale, pour les inciter à vendre leurs organes.

Cette situation soulève plusieurs questions d’ordre éthique : convient-il que les pauvres pourvoient à la santé des riches ? La pauvreté peut-elle être soulagée au prix de la santé humaine ? La pauvreté peut-elle compromettre la dignité humaine et la santé ?

Le trafic d’organes – à l’instar de la traite des êtres humains et du trafic de drogue – est déterminé par la demande. Les pays d’Europe orientale ne peuvent assumer, à eux seuls, la responsabilité de la lutte contre ce type de criminalité. Les tendances récentes dans certains pays d’Europe occidentale en faveur de lois laxistes, autorisant plus facilement le don d’organes par des donneurs vivants non apparentés aux receveurs et donc d’abus, soulèvent de graves inquiétudes. Est-il moralement éthique d’user d’incitations financière pour augmenter le don d’organes ? Car ne nous voilons pas la face, nous sommes en pénurie d’organes et chaque jour beaucoup trop d’êtres humains meurent de n’avoir pu trouver de donneurs.

Ainsi, les lois de bioéthique en France ont toujours considéré que le corps humain n’est pas à vendre, et posé comme principe absolu la gratuité et l’anonymat des dons, qu’ils soient de sperme, d’ovocytes, de sang, de moelle osseuse, d’organes…

Hélène Samson