Les députés ont débattu jeudi de l’impact de la crise du COVID-19 sur l’industrie européenne de défense, en présence du commissaire au marché intérieur.

L’ère de l’Europe naïve est révolue, a affirmé le commissaire au marché intérieur Thierry Breton, pendant un débat sur les conséquences de la crise du COVID-19 sur l’industrie européenne de défense en sous-commission « sécurité et défense » ce jeudi. Il a mentionné un certain nombre de questions que l’UE devait résoudre, comme le développement de technologies de défense, la lutte contre les menaces hybrides et la réalisation de la souveraineté numérique.

 

Importance de l’autonomie stratégique

Le Fonds européen de défense vise à contribuer à défendre les citoyens européens et à promouvoir la coopération en termes de défense entre les entreprises et entre les pays de l’UE. Sur 16 projets qui recevront un financement de 200 millions d’euros dans le cadre de sa phase préparatoire (PEDID), 9 seront développés dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP), a affirmé le commissaire Breton. Il a souligné qu’il y avait 220 entreprises européennes impliquées dans des projets de défense, 40% d’entre elles étant des PME qui collaborent avec des consortiums industriels plus importants. Elles travaillent sur un éventail de produits allant des drones à l’agrégation de données en passant par les récepteurs GPS, les capteurs optiques ou les solutions en matière de mégadonnées pour les programmes de satellites.

Ce fonds n’est pas protectionniste, a poursuivi Thierry Breton, répondant aux questions de certains députés qui s’interrogeaient sur les relations avec les partenaires de l’Europe en matière de défense, tels que les États-Unis. Selon lui, vu que le comportement des principaux partenaires internationaux est imprévisible, l’Europe doit prendre ses responsabilités et défendre ses propres intérêts. Pour y parvenir, l’UE doit utiliser son principal atout, c’est-à-dire son marché unique, a précisé le commissaire.

La présidente de la sous-commission « sécurité et défense », Nathalie Loiseau (Renew Europe, FR), a déclaré: « La crise du coronavirus a sensibilisé l’Europe aux risques liés à notre dépendance vis-à-vis des pays tiers et à l’importance de l’autonomie stratégique. Par ailleurs, elle a montré que nous étions la cible de menaces hybrides, allant de cyberattaques aux campagnes de désinformation. »

Les nouveaux types de menaces contre les sociétés démocratiques où les plateformes numériques sont utilisées pour déstabiliser l’Europe feront l’objet d’un examen dans les mois à venir, a expliqué le commissaire, ajoutant qu’il souhaiterait présenter un nouveau plan de lutte contre ces menaces d’ici la fin de l’année.

Protéger les acteurs économiques stratégiques

Par ailleurs, le commissaire Breton a souligné l’importance du programme InvestEU, une mesure clé pour protéger les acteurs économiques stratégiques en Europe. Ces derniers peuvent être victimes de menaces d’acteurs hors UE qui pourraient utiliser la crise et tenter d’acheter ces entreprises, a-t-il affirmé. Il a ajouté que l’Europe avait besoin de garantir des conditions de concurrence équitables.

Certains députés ont fait part de leurs craintes quant au fait qu’un nouveau Fonds de défense pourrait profiter uniquement aux États membres les plus riches, laissant aux plus pauvres le rôle d’acheteur. Ils ont aussi demandé comment les ambitions en matière d’autonomie stratégique pouvaient être satisfaites lorsque les fonds pour la défense sont réduits, et si le Parlement sera impliqué dans les décisions sur les projets de défense.