La question du sentiment d’insécurité se pose avec d’autant plus d’acuité à nos compatriotes que les forces de police sont désormais régulièrement ciblées par de petits délinquants. L’incroyable agression d’un policier de la BAC par une bande d’une dizaine d’individus en train de cambrioler son véhicule dit quelque chose d’inquiétant sur le climat de vie quotidien. Si des représentants de l’ordre doivent faire face à une telle brutalité, on comprend que n’importe quel citoyen puisse être la proie de « petites frappes » en mal de confrontation.

 

Ce qui focalise l’attention, c’est la brutalisation de nos sociétés, le fait que l’autorité n’impose plus le respect. L’uniforme ne paraît plus suffisant pour tenir à distance la criminalité ordinaire qui empoisonne la vie de certains quartiers. Par conséquent, il devient difficile de prétendre que les habitants de zones particulièrement sensibles exagèrent le niveau de tension sécuritaire. Il y a incontestablement un signal fort à prendre en considération de façon résolue lorsque les symboles de l’État sont méprisés par des jeunes gens qui devraient à minima réfléchir avant de commettre un délit ou un crime.

 

Il ne s’agit pas d’être alarmiste pour le plaisir d’affirmer que les sociétés modernes glissent sur le chemin de la décadence, mais de réfléchir aux conditions d’un rétablissement de situation. Lequel passera forcément par un approfondissement de la culture collective de vigilance.

Les policiers et les gendarmes ne peuvent pas s’opposer seuls à la montée en puissance d’une ambiance sociétale marquée par l’incivilité et les comportements agressifs, voire délictuels. A cet égard, l’idée centrale d’une coproduction de la sécurité globale reste incontournable.

 

Lorsque les entreprises élaborent une politique de protection de leurs collaborateurs et de leurs infrastructures, quand les collectivités territoriales mettent en place des dispositifs d’anticipation et de prévention du risque dans les espaces communs (allant d’agents de sécurité privée à la vidéosurveillance), lorsque des événements festifs sont sécurisés par leurs organisateurs, ce sont des occasions de dégâts et de troubles potentiels qui sont évitées ou dont la survenue provoque moins de conséquences. Bien évidemment, chacun d’entre nous ne peut manquer de déplorer une telle évolution : il n’est jamais agréable de devoir anticiper la gestion de situations dégradées. Mais la responsabilité personnelle et collective, morale et juridique, l’impose.

 

Ce n’est pas contribuer à la privatisation de la sécurité que de militer pour une coopération des forces publiques, des acteurs privés et même des citoyens (chaque personne peut être un maillon de la dynamique de prévention ou de secours) : c’est tout au contraire permettre aux policiers et gendarmes d’intervenir là où la gravité des faits requiert en priorité leur présence. Dans notre pays, certains domaines demeureront toujours l’espace exclusif des pouvoirs publics (le renseignement, le judiciaire, le maintien de l’ordre, etc.), et c’est heureux. En revanche, nous pouvons les uns et les autres, à titre personnel ou professionnel, alimenter une dynamique vertueuse de vigilance et de prévention. Parce que la protection de chacun exige la responsabilité de tous.