Nouvelle annonce de la Banque Centrale européenne hier soir, après la déception de la conférence de Christine Lagarde la semaine dernière, l’institution monétaire de Francfort sort les gros moyens : un plan de rachat de titres de dettes, dettes d’Etat et dettes d’entreprises, de 750 millions d’euros. Avec les annonces précédentes,  cela fait plus de 1000 milliards d’euros injectés dans l’économie d’ici la fin de l’année 2020. 

Cela s’appelle une relance monétaire. L’argent ne circulait pas assez entre les acteurs de l’économie – il faut donc en remettre en circulation. Cependant, l’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing) n’est pas exactement une planche à billets, puisqu’il existe une contrepartie à cette injection monétaire qui est l’achat de créances souveraines ou corporate. 

 

Pourquoi, après avoir joué petits bras la semaine dernière, la BCE a-t-elle changé son fusil d’épaule ?

Les gouvernements annoncent, eux aussi tour après tour, des plans de relance. Relance budgétaire, c’est-à-dire prise sur le budget de l’Etat. On s’endette pour relancer l’économie, soit en baissant les impôts, soit en attribuant des primes (chômage partiel indemnisé), qui constituent de nouvelles dépenses, qui vont creuser le déficit public des Etats.

Il faut donc émettre de la dette pour financer ces dépenses. 

La nouvelle dette est émise avec les taux d’intérêt actuels. Pour les connaître, il faut regarder les taux souverain des Etat et la référence est le taux 10 ans, c’est-à-dire le taux d’un emprunt sur 10 ans. 

Ils ont longtemps été très bas, et même négatifs pour la France et l’Allemagne. L’Italie avait également un taux autour de 1%. 

Mais avec l’épidémie qui secoue le pays, la dette italienne est apparue plus risquée qu’auparavant pour les investisseurs. Plus risquée, ils cherchent donc à être mieux rémunérés et ne prêtent de l’argent qu’avec de plus gros intérêts. Le taux 10 ans a augmenté, le spread aussi (la différence avec le taux allemand, resté assez stable). La dette émise est plus chère, ce qui aurait contribué à un plus grand endettement et réduit l’efficacité du plan de relance.

 

D’où l’idée, la nécessité, de combiner l’action de la banque centrale, en zone euro, l’action est la même pour tous les pays, avec les politiques budgétaires de chaque Etat membre. Les pays vont dépenser, certes, mais la banque centrale doit alors faciliter l’accès au crédit pour ne pas créer d’encombrement. Cela a été compris en Europe, nous sommes – peut-être – sauvés. 

Marie Duhamel