Des messages qui accusent l’industrie pharmaceutique de préparer des vaccins hors de prix, des groupes Facebook qui affirment que la vaccination est inutile, des sites obscurs qui voient dans la crise du Covid-19 un plan pour injecter des puces 5G à la population mondiale… Les discours antivaccins sont bien implantés en France. Mais ces derniers temps, à la faveur de la crise sanitaire, ils ont redoublé de vigueur, jusqu’à trouver des relais médiatiques chez des stars comme l’actrice Juliette Binoche ou le rappeur Booba.

Les antivax traditionnels peuvent également compter sur de nouveaux relais. Après avoir férocement soutenu l’efficacité de l’hydroxychloroquine les soutiens du professeur Raoult sur Facebook ont trouvé dans la lutte contre le vaccin un nouveau combat.

Une grande partie d’entre eux – ils seraient plus d’un million inscrits sur près de 90 pages Facebook publiques et privées – fustigent aujourd’hui l’idée d’un sérum contre le Covid-19. Comme l’a démontré la fondation Jean Jaurès 89 % des membres de ces groupes Facebook souscrivent à l’idée que « le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins » avec une proportion encore plus forte chez les moins de 35 ans, qui sont ceux qui doivent choisir de faire vacciner leurs enfants .

Leur cible principale : Big Pharma, une théorie du complot selon laquelle les établissements médicaux, et les compagnies pharmaceutiques en particulier, s’organisent entre eux et de façon consciente contre le bien commun, à des fins financières. Certes l’industrie pharmaceutique fonctionne sur un business model fondé sur la recherche de rentes. Celles-ci proviennent essentiellement des actifs que sont les brevets, qui donnent aux firmes des droits de monopole sur les nouvelles molécules pendant vingt ans. Les laboratoires légitiment ces rentes par des coûts importants de recherche et développement.

« Comment ne pas s’étonner qu’une ministre (Agnès Buzin) qui a été en partie payée, pendant des années, par des labos pharmaceutiques, décide sans argument majeur le passage à onze vaccins obligatoires? » question récurrente qui alimente à méfiance à l’égard des lobbies pharmaceutiques: c’est l’idée d’un gouvernement à la solde du Big Pharma qui chercherait à tout prix à écouler ses produits. Des soupçons largement alimentés par le fiasco de 2009, où 94 millions de vaccins avaient été commandés par la ministre de la Santé pour faire face à la pandémie annoncée de grippe H1N1, seuls six millions ayant été effectivement utilisés.

Certes, le business des vaccins est en constante progression dans le monde : il est passé 23 à 42 milliards d’euros entre 2012 et 2016, selon le Leem (Les entreprises du médicament). Cela reste tout de même une toute petite partie des 1.000 milliards que génère au total l’industrie pharmaceutique (2017). De plus, ces vaccins sont largement écoulés dans des pays à faible revenu à des prix très bas, donc peu rentables pour les laboratoires par rapport à d’autres médicaments. Même pour les vaccins ayant un coût relativement élevé, la vaccination reste rentable pour les pouvoirs publics. « Pour chaque euro investi dans la vaccination, le retour sur investissement est de 48 euros », rappelle le Gavi, l’organisation internationale qui fournit des vaccins à prix réduits aux pays en voie de développement.

Sachons raison garder : la plupart des médecins dénoncent les lobbies anti-vaccination qui manipulent l’opinion et rappellent que la vaccination n’est pas un choix personnel mais elle vise la protection de la population dans son ensemble et notamment les plus fragiles. La vaccination sauve ainsi trois millions de vies chaque année dans le monde et a permis d’éradiquer des maladies mortelles comme la polio ou la rougeole.

Hélène Samson