« A l’ère des idéaux de justice internationale et d’actions humanitaires, il est impératif d’empêcher les atrocités de masse et de s’opposer aux idéologies tyranniques. Mais, pour y parvenir, la solution n’est-elle que militaire, le salut ne passe-t-il que par de lointaines expéditions punitives et des guerres humanitaires » ? « Eclipse sur l’Afrique » illustre avec force d’exemples comment le monde occidental  veut imposer la supériorité de son modèle aux plus faibles et particulièrement à l’Afrique. Une doctrine de la canonnière préférée à la palabre, les armes à la négociation. L’auteur, Jean Ping, dont toute la carrière a été consacrée à la diplomatie jusqu’à présider l’Assemblée générale des Nations-Unies, était récemment encore à la tête de l’Union Africaine (UA) en tant que président de la Commission. A ce titre, il a eu à cohabiter avec le « guide » Mouammar Kadhafi. Sans ambiguïté, il raconte les frasques de celui qui se prétendait le « roi des rois ». Il en a été, si ce n’est la victime, son souffre-douleur souvent. Malgré tout, l’Otan devait-il lancer ses raids aériens alors que l’UA était sur le point de trouver un compromis dans le conflit libyen ? Combien de morts sous Kadhafi, combien de morts sous les bombes occidentales ? Cette stratégie à courte vue avec pour premier objectif la fin du leader libyen a déstabilisé l’ensemble du monde sahélien voire au-delà. Fallait-il tuer Kadhafi?

J.PING PRESIDENT DE UA (2008-2013)

20 octobre 2011. Mouammar Kadhafi vient de mourir. En Libye, des tirs de joie retentissent, saluant la fin de quarante-deux ans de dictature. A Syrte et à Tripoli, on assiste à des scènes de liesse. Le Guide meurt en homme haï. En renversant le roi Idris en 1969, le jeune officier rêvait pourtant de faire passer la Libye de l’ère moyenâgeuse à celle de la modernité en donnant le pouvoir au peuple et en fusionnant avec des pays voisins pour créer, enfin, une grande puissance économique et politique arabe. Il aura finalement laissé son système et ses projets se noyer dans l’anarchie, s’enfonçant lui-même dans la tyrannie. Du jeune bédouin pauvre au dictateur impitoyable des dernières années, Hélène Bravin brosse le portrait d’un homme à la fois idéaliste et opportuniste, féodal et moderne, civilisé et barbare. Un homme qui aura réussi à se maintenir au pouvoir pendant plus de quarante ans, malgré les incroyables obstacles et échecs rencontrés, avant de finir traqué par l’OTAN et les insurgés libyens. L’incarnation moderne d’un personnage shakespearien.

Hélène Bravin est journaliste est aussi chercheur associé à l’IPSE (Institut Prospective & Sécurité en Europe) et “auteur de Kadhafi, vie et mort d’un dictateur” (Éditions Bourin, 2011). Elle s’est spécialisée, depuis de nombreuses années, sur les questions du Maghreb. Elle écrit pour différentes publications, dont les Cahiers de l’Orient et la Revue de Défense nationale (RDN). Elle intervient comme conférencière à l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN) sur la Libye et l’Ecole de guerre (sur le Mali). Mais aussi comme analyste dans différents média. Enfin, elle préside le Prix littéraire Paris-Liège qui récompense chaque année un essai. Et elle est consultante auprès de multinationales.