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« L’identité de la France n’est pas l’identité nationale » Denis Tillinac

L’identité de la France n’est pas l’identité nationale :Bas du formulaire Le débat sur l’identité souhaité par le résident Sarkozy en 2011 n’a pas eu lieu. Il s’est réduit à des positionnements le plus souvent manichéens sur le mode d’intégration de nos compatriotes arabo-musulmans ou africains. Faut-il tolérer la burqa ? Laisser poindre des minarets ? Régulariser les sans-papiers ? Subventionner les banlieues où ça chauffe ? On se gargarise de gros mots ( » laïcité, valeurs républicaines, citoyenneté « ), on mobilise grotesquement des parias de l’histoire (Pétain, Déat, Laval) et, au bout du compte, l’on finit par découvrir une évidence : les Français n’ont pas plus de sympathie pour l’islam que les autres Européens. Un vrai débat sur l’islam ne serait pas sans intérêt, mais il ne concerne l’identité française qu’à la marge. Or, cette identité existe.
Pour la cerner, il faut en finir avec la polarisation sur les minorités visibles ou moins visibles, que ce soit pour les diaboliser ou les victimiser. Les Français dont les ancêtres ont établi leurs pénates sur nos terroirs depuis belle lurette forment une énorme majorité. Même si ces ancêtres sont venus d’ailleurs, certains plus récemment que d’autres (Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais…
Cette identité, Maurice Szafran, dans un éditorial de Marianne, semble la réduire à la nature républicaine de nos institutions politiques et à la laïcité de notre Etat. Or l’identité d’un peuple se définit forcément par ce qui le distingue des autres dans le temps et l’espace, et la France n’est pas la seule république laïque. Certes la révolution de 1789 et le conflit ayant abouti à la séparation de l’Eglise et de l’Etat au début du XXe siècle pèsent lourd dans notre mémoire. Mais l’histoire a tranché : sous réserve de quelques intégristes des deux bords, il y a consensus, nous sommes tous républicains et tous hostiles à la moindre présomption de théocratie. Point final. Pour autant, cette évidence n’épuise pas la question de notre identité, loin de là.
La France s’est constituée par l’effort soutenu des Capétiens, tels des petits notaires de campagne qui ont constitué le pré carré, par alliance matrimoniales, achats ou par la force
La France a dépensé le meilleur de ses forces vives à se constituer comme une unité cohérente
La France n’est pas non plus un espace aléatoire, et elle n’est pas née de la dernière pluie médiatique. La France ne se trouve pas n’importe où : elle est un hexagone au septentrion de l’Europe au carrefour d’influences : une dose de germanité, un fond de latinité, l’ empreinte anglo-saxonne… Quinze siècles d’histoire et de géographie ont déterminé sa personnalité. Cet héritage nous oblige, de quelque souche que nous provenions et de quelque famille politique que nous nous réclamions
La France c’est une petite église romane au détour d’une départementale avec ses platanes, C’est tout un ensemble de choses charnelles qui composent un art de vivre, un détour d’esprit, un style d’humour. C’est la langue, la langue française et tout cela donne l’impression d’avoir été occulté par nos élites depuis des années.
Mais la France c’est aussi un certain nombre d’ambivalences
Une part de spirituel et d’épicurisme :les croisades, l’élan bénédictin, le catholicisme du Génie du Christianisme de Chateaubriand, plus grand écrivain français du le plus original et le plus fécond, le meilleur styliste », l’Enchanteur. Et celui auquel je dois ma propre vocation d’écrivain. Dom Guéranger, restaurateur de l’ordre des Bénédictins et grand liturgiste, Lacordaire dans la lignée du romantisme catholique de Chateaubriand ou de Lamennais, Vatican II avec la présence de deux philosophes chrétiens français : Maritain et Guitton. L’épicurisme aussi avec Rabelais, Ronsard ou Brillat-Savarin
Ambivalence aussi entre la double polarité parisienne et celle des terroirs , le centralisme et le girondisme. La France est un pays qui offre des terroirs extrêmement contrastés, et un pays d’antique ruralité avec au XIXe siècle les ruraux qui se sont exilés dans les grandes villes au moment de la révolution industrielle. La France a ainsi vu éclore toute une littérature de grande envergure au plus près de ses racines provinciales. C’est une glèbe fertilisée par le labeur et la foi de notre antique paysannerie. C’est un patrimoine spirituel, intellectuel, paysager, architectural et gastronomique à tous égards enchanteur. C’est une damasserie chamarrée de ces pays chers à Braudel, enluminée à l’ère de l’exode rural par la plume de nos écrivains : le Limousin de Giraudoux, les landes de Gascogne de Mauriac, les Ardennes de Dhôtel, le Béarn de Toulet, l’Auvergne de Pourrat, le Berry de George Sand.
La Normandie de Maupassant n’est pas celle de La Varende, la Provence de Daudet contredit celle de Giono. Et caetera.
L’angélus que sonnent nos clochers scande le temps des hommes depuis belle lurette. Sur celui du tableau de Millet, il a beau n’être qu’un point infime à l’horizon, il atteste une pérennité culturelle par-delà les aléas historiques. Feu le président Mitterrand connaissait les ressorts intimes de l’imaginaire national : un vieux clocher d’église se profilait sur ses affiches électorales, et sa symbolique n’avait pas de connotation cléricale. Elle racontait l’histoire de France dans une langue accessible à tous nos compatriotes. Ils tiennent à la laïcité de l’État et à la liberté de conscience et de culte qu’il lui incombe de protéger. Pour autant, ils ne peuvent tolérer la perspective d’une pratique religieuse autre que catholique dans leurs églises. Même celles de nos campagnes, souvent vidées de leurs paroissiens par l’exode rural. Elles continuent de témoigner ; leur silhouette au-dessus des toits contribue à un enracinement mental dont nous avons tous besoin pour étayer notre citoyenneté. Du reste, rien ne prouve qu’elles resteront vides ad vitam aeternam.
Et ce rayonnement émane toujours de Paris. Il y a aussi une centralisation très ancienne de la culture française. Bien sûr, il existe bien d’autres conditions : triomphe de la langue française, des habitudes françaises, des modes françaises, et, aussi, la présence, dans ce carrefour que la France est en Europe, d’un nombre considérable d’étrangers. Il n’y a pas de civilisation française sans l’accession des étrangers ;
 
L’identité française : entre l’universel et le singulier
L’identité française, C’est aussi un tour d’esprit, un rapport au langage et à la sociabilité, un rapport masculin-féminin particulier. C’est cela l’identité de la France, comme avait si bien su la définir l’historien Fernand Braudel. Même si la grande majorité des Français ne sait pas forcément exprimer ce sentiment d’appartenance à une identité multiséculaire, elle en a quand même plus ou moins conscience, conscience au moins du caractère singulier voire exceptionnel de ce patrimoine. Avec l’Europe, nous avons un héritage culturel commun, certes. Mais on ne peut pas parler d’une identité européenne stricto sensu, surtout avec l’Europe que nous connaissons aujourd’hui. Je me sens l’héritier comblé de Goethe, de Cervantès, de Mozart, de Shakespeare, mais ce n’est pas pour autant qu’il existe un patriotisme européen. J’adore être en Italie ou en Hongrie, j’apprécie ces identités différentes – n’oublions jamais que c’est l’altérité qui construit le désir – mais cela n’a rien à voir avec l’attachement charnel à la patrie. En fait, de manière le plus souvent inconsciente, ces gens, qui ne sont nullement des ultras, refusent surtout le changement de civilisation que certaines élites semblent vouloir leur imposer. Et là, on a bien observé une césure entre le pays profond et les élites politiques, de gauche comme de droite d’ailleurs, qui n’ont pas perçu d’emblée l’ampleur du mouvement qui montait. On voit donc bien que le jeu des idées exerce une influence prépondérante dans le devenir de nos sociétés. Regardez par exemple tous ces livres d’histoire, dont la presse ne parle pas, mais qui se vendent très bien car répondant à une demande de sens et de repères. Les jeunes historiens qui se situent dans la lignée de François Furet connaissent ainsi de grands succès, sans qu’ils ne soient épaulés et soutenus par les médias, bien au contraire. Il est probable qu’au sein de notre société, une alternative soit en train d’émerger, mais que nous n’en ayons pas encore conscience
Les Hussards noirs, eux, croyaient à la Raison, au Progrès, à la Science, ils promouvaient la morale kantienne, ils luttaient contre l’emprise de l’Église sur la pédagogie et ils voulaient récupérer l’Alsace-Lorraine. Ils ont armé moralement et intellectuellement notre pays ; ils ont réussi à faire sortir du Lumpenprolétariat une paysannerie semi analphabète ! Pourrait-on aujourd’hui surmonter nos différences et écrire ensemble un manuel d’histoire ? Je ne le crois pas tant nous percevons le passé d’une manière éclatée : le tourisme historique nous promène d’une citadelle de Vauban à une Chartreuse bénédictine en passant par Oradour-sur-Glane et l’on finit la journée dans un Ibis ou un Sofitel après avoir parcouru deux cents kilomètres en car. La télévision, elle, a peut-être fait autant de mal, mutatis mutandis, que la bombe atomique en concassant le passé ! Revenons donc aux fondamentaux : Vercingétorix premier résistant, Jeanne d’Arc pour la dimension spirituelle… Je pensais aussi à Napoléon mais nous avons été le seul pays d’Europe à commémorer le soleil d’Austerlitz sur la pointe des pieds
 
L’identité de notre peuple est en train de se dissoudre dans la mondialisation capitaliste, dans le magma européen, dans les nouvelles super régions françaises improvisées et surtout dans la conscience d’une dépossession de ce qui a constitué l’imaginaire collectif des Français La France n’est pas née de la dernière pluie et ne sera jamais une société anonyme. Seize siècles d’histoire-géo ont déterminé un patrimoine spirituel, intellectuel, esthétique, paysager, architectural, gastronomique. Il existe un art de vivre à la française, des tours d’esprit, des formes d’humour, un mode de sociabilité, un attachement aux terroirs, un type de relation masculin-féminin, un corpus mythologique qui nous singularisent. Et nous obligent. La pérennité de ce legs fastueux est menacée à brève échéance par la déshérence de la ruralité, l’anémie des villes moyennes, la décomposition du tissu familial, l’anarchie dans les banlieues, la précarité économique et psychologique des classes moyennes, et, osons le dire, l’impact des flux migratoires. On ne conjurera pas cette menace à coup de rengaines bigotes sur les « valeurs républicaines », la « citoyenneté » ou le « vivre ensemble » mais en initiant une politique radicalement alternative.
Avant tout, la France doit se décomplexer. Finissons n avec la repentance ! Acceptons notre passé dans sa globalité. Sur un plan plus intellectuel, il nous appartient de désembourber la philosophie, la littérature, l’histoire. Sortons de cette autopsie permanente mêlée de contrition qui nous empêche d’avoir une vision large et puissante de notre destinée. La France doit redevenir elle-même, revendiquer avec fierté son identité si particulière. Pour ouvrir les voies de notre devenir, appuyons-nous sur les richesses de notre plus vieille mémoire. En un mot, retrouvons le sens de l’audace et l’esprit mousquetaire ! »
Propos recueillis par S. H

Comments

  • Anonyme
    octobre 5, 2017

    4.5

  • pauledesbaux
    octobre 17, 2019

    aun sujet du port de la burka : tolérer ou pas, je vous joins ses origines et j’admire les positions d’ATA TURC pour cette question, je penses que celà remettrait les pendules à l’heure et mettrait ces dames devant leur responsabilité

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