L’Association TRANS SANTÉ France qui vient de tenir son premier congrès à Lille, congrès qui s’est penché, notamment, sur la situation des adolescents trans, a été stupéfaite par la tribune publiée le 20 septembre par l’Express, pourtant signée par des personnalités reconnues.

Mais ces personnalités ne connaissent visiblement pas la réalité de la transidentité ni la souffrance ressentie par les enfants trans. Cette tribune d’une grande inhumanité, intitulée « Changement de sexe chez les enfants: nous ne pouvons plus nous taire face à une grave
dérive », interroge sur son objectif et son but en diffusant des informations fausses, une réalité imaginaire et une stigmatisation des enfants transgenres. Elle évoque par exemple « un traitement médical à vie, voire chirurgical ».

Or, en France, comme le précise Jean Chambry, pédopsychiatre, responsable du Centre Intersectoriel d’Accueil pour Adolescent à Paris (CIAPA) et membre de notre association, cité dans cette tribune alors qu’il n’en est pas signataire: « Il n’est proposé à aucun enfant des traitements médicaux, voire chirurgicaux, dans le
cadre d’un parcours de transidentité en France. Le blocage de la puberté, traitement réversible, ne peut être entamé qu’après avoir débuté sa puberté ».

Jean Chambry précise : « La transidentité n’est pas une maladie, n’est pas un trouble. Ce qui guide et encadre mes interventions professionnelles auprès des jeunes, c’est de les aider à découvrir qui ils sont, et de les aider à s’affirmer dans le respect de leur vécu, de leur ressenti, de leurs envies sans jugement et sans intentions normatives. L’espace de parole ainsi proposé permet aussi d’offrir un espace de médiation avec leurs familles et les différents acteurs de leur environnement afin de leur permettre d’être mieux compris et respectés
dans leurs besoins. Tous les professionnels de santé et du monde de l’enfance doivent pouvoir accueillir ce public sans stigmatisation ».

Le Dr Jean Chambry déplore que ses propos aient été ainsi détournés, et mis au service d’un discours qu’il ne cautionne en aucun cas.

Par ailleurs, les membres trans de notre association peuvent témoigner de la souffrance ressentie lors de leur enfance, que ce soit à une époque où la transidentité n’était jamais évoquée ou dans un passé plus récent. « Aujourd’hui, c‘est différent, dit l’une d’entre nous. Pour nous  qui ne nous reconnaissons pas dans le genre qui nous a été assigné à la naissance, notre enfance a été une grande souffrance. Pourquoi faudrait-il refuser aux enfants trans d’aujourd’hui de vivre une vie à laquelle ils ont droit, en respectant qui ils sont réellement? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit, comme n’importe quel enfant, d’être écoutés, d’être respectés, d’être eux-mêmes ?»

Le congrès de TRANS SANTÉ France a évoqué les tragiques conséquences d’une transidentité non accompagnée et stigmatisée:
échecs scolaires, déscolarisation, nombre important de jeunes se scarifiant, certain.e.s allant jusqu’au suicide.

Jean Chambry ajoute: « Cette culture de l’accueil de la différence sans jugement, sans la nécessité de répondre à des normes, est nécessaire aux personnes trans, mais elle est bonne pour tous les êtres humains ».Dommage que certaines personnalités manquent tant d’humanité et de bienveillance face à la diversité humaine.