Alors que Pornhub, plus important site de videos porno du monde, décide de célébrer la Saint-Valentin en donnant accès gratuitement à sa version premium, la question sur l’accès au porno des jeunes se pose toujours. Le 8 juin 2018, la Fondation pour l’Innovation politique et l’institut IPSOS ont publié une vaste enquête à ce sujet. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 8% des 14-15 ans regardent du porno tous les jours. Selon un sondage du journal Le Figaro de mars 2017, un enfant sur 7 aurait vu son premier film X à 11-12 ans.

Les travaux de la Fondation pointent les risques pour les jeunes consommateurs : crises d’anxiété, troubles du sommeil, perte de l’estime de soi, représentation faussée des rapports sexuels…

La cause de cette précocité du visionnage pornographique selon les experts ? L’accès libre aux contenus rendu possible grâce à Internet et au développement des smartphones. Des millions de vidéos et d’images sont aujourd’hui à disposition, de façon permanente, sans restriction d’âge et sans aucune forme de contrôle. Selon l’enquête Ipsos de 2018, 92% des jeunes considèrent qu’il est facile d’accéder à ces contenus.

Rien que sur le site Pornhub, sur l’année 2019, 6,83 millions de vidéos ont été mises en ligne et 1,36 million d’heures de contenu ont été visionnées par les utilisateurs. L’équivalent de 169 années passées à regarder des videos pornographiques uniquement sur ce site.

Face à ce phénomène, des élus locaux tentent de tirer la sonnette d’alarme, comme à Roissy-en-France. Dans cette commune du Val d’Oise (Ile de France), en début d’année 2018, des enfants âgés de 9 à 11 ans se sont filmés en train de simuler des scènes pornographiques, auxquelles ils avaient vraisemblablement eu accès sur Internet, avant de diffuser la vidéo sur les réseaux sociaux. “Un choc” pour le premier élu qui a décidé d’organiser une réunion d’information au sujet de l’accès aux films pornographiques des enfants. 90 personnes se sont déplacées. Une goutte d’eau dans le vaste océan de la parentalité.

En juin 2018, c’est au tour du sérieux Collège national des gynécologues et obstétriciens français (Cngof) de demander que la loi sur la protection des mineurs soit fermement appliquée, que des campagnes d’information et de sensibilisation destinées aux enfants, aux ados et aux parents soient régulièrement faites, et que l’information sur la sexualité soit généralisée et renforcée en milieu scolaire.

Ont-ils été entendus ? Le 20 novembre 2019, en marge du 30ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, le président de la République Emmanuel Macron a annoncé des mesures pour lutter contre ce fléau. En ligne de mire : les fournisseurs d’accès à internet. Ces derniers doivent proposer, d’ici le mois de mai, un système permettant de protéger les mineurs des contenus pornographiques. À défaut, menace Emmanuel Macron, « nous passerons une loi pour le contrôle parental automatique ».

En attendant une charte a été signée avec les principaux opérateurs. Le but ? Mieux communiquer auprès des parents des contrôles parentaux existants. Des campagnes de sensibilisation arriveront également avant la fin du premier semestre 2020.

Sauf que… le sujet du contrôle parental n’est pas récent et une charte avait déjà été signée avec les opérateurs de téléphonie mobile en 2005. En vain. Comment les sites web visés pourront-ils trouver des moyens efficaces de vérifier les âges des utilisateurs, alors même que le législateur s’y est cassé les dents depuis 10 ans ? Certains suggèrent de demander à chaque internaute d’inscrire sa carte bleue, ou sa pièce d’identité. Une idée dangereuse : les informations collectées sur les pratiques ou préférences sexuelles des citoyens français iraient à l’encontre même du règlement général sur la protection des données. De plus, regarder du porno n’est pas illégal.

Outre Manche le système de vérification d’âge, qui devait être implanté sur chaque site pour adulte, a été enterré. Les difficultés techniques étaient trop nombreuses.

Les parents sont-ils les seuls à pouvoir éviter le pire pour leur progéniture ? C’est à croire. Mais s’il est possible de surveiller l’ordinateur familial, difficile pour eux de vérifier les faits et gestes de leurs petits sur un téléphone portable, qui les accompagne même à l’école.

Mais alors quoi ? Au lieu d’incriminer le web, peut-être faudrait-il se pencher sur les origines de cette appétence pour les jeunes enfants à regarder des images de verges et de vulves. Dans une société où la sexualité est tabou, à peine effleurée par l’école où les professeurs abordent davantage l’anatomie que les relations entre les sexes, est-il surprenant que les pré-ados aillent se renseigner sur le web ? Cette génération, habituée à tout y trouver, est-elle à blâmer ? Quand on voit que le “zizi” du Manneken Pis a été censuré par Monopoly ou que le moindre bout de téton se voit supprimé des réseaux sociaux, il est fort à craindre que le seul moyen d’observer le sexe de l’autre soit encore aujourd’hui le web, et par voie de conséquence le porno, pour bon nombre de jeunes…

Julie Leclerc