En battant d’une courte tête Sandrine Rousseau pour être le candidat des écologistes à la présidentielle de 2022, Yannick Jadot nous a tristement privé de multiples thèmes de
chroniques, je m’en réjouissais déjà ; néanmoins, si l’on en juge par sa première longue interview, publiée par le Journal du Dimanche du 3 octobre 2021, le vainqueur ne nous surprend
pas mais continue de nous étonner. Certes les thèmes qu’il aborde comme : la pauvreté, les inégalités, la malbouffe, la pollution, le réchauffement climatique … sont ceux que l’on attend
d’un homme d’une telle ambition, mais encore faudrait-il que les mesures qu’ils proposent aient une chance d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. On retrouve donc, soit explicitement, soit
en filigrane, les thèmes habituels des écologistes : promotion du bio, abandon du nucléaire, lutte contre les énergies fossiles. Les conséquences de ce qu’il propose méritent qu’on s’y arrête.

 

« Dès mon premier jour, j’engagerai la sortie des élevages industriels ». Cela veut dire la ruine immédiate de certains agriculteurs et, comme il n’a pas précisé qu’il fermerait les frontières
européennes, cela se traduirait aussi par une forte croissance des importations de poulets qui est déjà élevée : sur les sept premiers mois de l’année 2021, elles représentent 33% de la
consommation française. Quant à ces volatiles, il est vrai en cage, au lieu d’être en France, il serait en Allemagne et en Pologne et les gallinacés ne seraient donc pas globalement mieux
traités. Rappelons que les élevages industriels produisent de la viande de qualité et bon marché, en outre tout le monde ne peut pas se payer un poulet label rouge de 1,7 kg à 60 €1
. Mais monsieur Jadot se prend peut-être pour Henri IV et souhaite réserver la consommation de poulets aux dimanches et jours de fête. « Ce qui permettra de remplir un autre objectif : lutter
contre la malbouffe : donc les maladies chroniques et l’obésité. » Oui si, et seulement si, la viande étant trop onéreuse, les Français de milieu modeste ne mangeaient dans la semaine que
des légumes de saison et du poisson et ainsi maigriraient. J’en doute.

Dans cet interview, Yannick Jadot fait à plusieurs reprises référence aux taux de TVA et notamment déclare : « je porterai ce combat au niveau européen pour obtenir une TVA à 0%
sur le bio ». Effectivement, s’il existe en droit européen et en droit français des taux réduits, toujours laborieusement négociés à Bruxelles, il n’existe pas de taux nul. Rappelons que les
produits dits « bios », à ne pas confondre avec les produits locaux et ceux de saison, sont plus onéreux que ceux de l’agriculture raisonnée, en outre ils n’ont aucune qualité particulière qui
démontre qu’ils sont meilleurs pour la santé et, comme ils utilisent plus de surface pour une même quantité produite, ils ne sont certainement pas le meilleur moyen de protéger les forêts
et autres espaces naturels.

Si, avec lui je pense qu’il est nécessaire que la France investisse : « 25 milliards seront dévolus à des services publics de qualité », précise-t-il, je suis tout d’abord étonné par le qualificatif de
« qualité » (Quels sont les services publics qui ne sont pas de « qualité » ?), cette somme n’est pas à la hauteur de l’enjeu car il s’agit de 25 milliards en cinq ans, or pour les seuls hôpitaux il
faut de l’ordre de 7 milliards par an d’investissements, soit 35 milliards en cinq ans. Quid des écoles, de la police, des universités, de la justice, des prisons … ?

La politique de l’énergie

Quant à la politique de l’énergie, on retrouve sans surprise le couplet antinucléaire comme la défense des éoliennes et des panneaux solaires : « nous devons investir dans les économies
d’énergie, déployer les énergies renouvelables et fermer progressivement les réacteurs. » Cette affirmation en ce début d’octobre feint d’ignorer que la considérable augmentation du prix du
gaz de cette année est due à la croissance de la demande provoquée par un hiver 2021 froid en Europe, mais aussi et surtout parce que le gaz est le complément indispensable aux énergies
renouvelables qui sont d’abord et avant tout des énergies alternatives. En outre, comme il propose la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en 2030, qui produira l’électricité des
véhicules électriques de demain ? Les seules énergies intermittentes ?

Ainsi on peut imaginer dans dix ans le dialogue suivant :
– Non maman, on ne peut pas venir te voir ce weekend car les jours sont courts et brumeux, non seulement il n’y a pas de soleil, mais la météo ne prévoit pas de vent, on
ne peut donc pas recharger notre voiture et les bus sont dans la même situation. A moins que lui aussi, comme les Verts allemands, et quelques grandes entreprises, soit un
partisan du gaz russe et nous fasse croire que le gaz est une énergie « propre ». De fait, l’alternative au nucléaire seraient des centrales thermiques. Pourtant la chimie restera insensible
aux discours du candidat des écologistes et donc, en 2030 comme aujourd’hui, la combustion du méthane (CH4) produira de l’eau (H2O) et du gaz carbonique (CO2).

Quant aux morts de la pollution de l’air, sujet grave chez les enfants des pays pauvres qui meurent jeunes du chauffage au bois dans des habitats sans aération, les déclarations
écologistes, pour la France, sont infondées au point de devenir ridicules : à chaque élection présidentielle, le massacre semble s’accroitre alors qu’objectivement la pollution de l’air
diminue : « notre pays compte 67000 morts liés à la pollution de l’air par an ». C’était déjà

La guerre des chiffres dans la pollution

48000 sous Hollande, ce serait 67 0002 aujourd’hui, cela n’a de sens que dans des modèles discutables et jamais discutés et n’a rien à voir avec la réalité. Nous avons à plusieurs reprises
dans ces colonnes montré le côté ridicule de ces chiffres, très loin des statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui estime les décès attribuables à la pollution
atmosphérique en France à environ 1 400 personnes, chiffre vraisemblable, lui. En effet, s l’on prend les dernières statistiques détaillées de mortalité de l’INSEE, celles de 20163
, les maladies respiratoires sont à l’origine de 40 500 décès, quant aux tumeurs du larynx, de la trachée, des
bronches et des poumons il faut ajouter 32 600 décès, soit donc au total 73 100, mais cette année-là, le tabac seul était à l’origine de 60 000 morts prématurées. Où sont celles de la
pollution ? Ils meurent de quoi ? Et, pour en finir avec ces chiffres insensés, Yannick Jadot ne devrait pas ignorer que la pollution de l’air dans les maisons et les appartements est six fois plus
élevée que celle de l’air extérieur, faut-il en conclure que cette pollution interne est la cause de 402 000 décès ?

 

Quant au financement des généreuses augmentations du SMIC, la croissance du point d’indice des fonctionnaires, la gratuité des premiers KWh et des premiers mètres cubes de gaz … cette
générosité serait financée par la création de 1,5 millions d’emplois. Si l’on en juge par les bilans passés, les emplois « verts » de la France ont surtout été créés à l’étranger. Si donc Monsieur
Jadot était élu, le déficit se creuserait, mais cela ne semble pas lui poser de problèmes. « Aujourd’hui, il n’y a pas de problème de financement de la dette. La priorité ce n’est pas
l’austérité, mais l’investissement ! » On est averti.
Jean de Kervasdoué