L’affaire du « Penelopegate » aura au moins un aspect positif pour les libéraux, c’est qu’elle aura remis à jour la nature scandaleuse et mafieuse du métier de politicien et l’universalité de ce type de pratiques. Bien évidemment, il y a là peu de surprise quand on se rappelle le nombre et la variété des scandales qui ont fait les manchettes depuis trente à quarante ans. Tous les partis y sont passés, tous les acteurs en vue, et s’il ne fait pas de doute que Fillon n’est qu’une figure de circonstance. Il ne fait pas plus de doute que les pratiques malsaines et abusives touchent l’ensemble de la classe politique.

Certains aficionados de la démocratie représentative ne manqueront pas de critiquer le manque de réalisme et de transparence de la législation actuelle qui serait la source du problème, ne permettant pas à l’homme politique de financer ses coûts et sa Penelope autrement que de manière opaque. Ce serait pourtant ne pas comprendre les contradictions profondes attachées à cette question. On peut imaginer quatre cas de figure quant au financement du politicien, passons-les en revue.

Le premier cas, celui qu’on nous sert officiellement, c’est le financement du politique par l’impôt. En fonction de son mandat, sénateur ou député ou maire, l’élu « aurait droit » à une « indemnité » forfaitaire. Ce système est en réalité scandaleux à de nombreux titres.

En vrac : le concept d’indemnité suppose un « sacrifice », pourtant ils sont tous dans la course, avec âpreté, ce qui laisse miroiter que les gains sont en réalité en rapport ; ensuite, le montant des « indemnités » est fixé par les élus eux-mêmes, hors de tout contrôle populaire ; ces sommes sont le fruit de l’imposition, donc volées aux contribuables ; enfin, rien n’empêche l’élu d’aller chercher des financements occultes en complément, puisqu’il n’y a pas de contrôle structurel.

Quand on a vu l’impossibilité morale du financement « public », on imagine en réaction que l’élu ne soit pas financé du tout. Option la pire en réalité, car comme toutes les formes de prohibition, elle ne peut déclencher que les pires mafias et marchés occultes de la fonction politique. A exclure, donc.

On se dit ensuite que finalement, le politicien qui est censé nous représenter joue un rôle ayant une utilité sur le papier, il est donc bizarre en fait qu’il ne soit pas financé en direct par ses électeurs. C’est d’ailleurs assez proche de ce qui se pratique aux Etats-Unis, où les donateurs existent et se comportent un peu comme les donateurs d’une association qui travaillerait à une bonne cause.

On envisage alors le professionnel assumé de la politique, vendant ses services, probablement au plus offrant. Même si c’est probablement assez proche de la réalité, ne nous leurrons pas, on voit mal ce modèle être explicitement adopté par une population largement à gauche et croyant encore que la démocratie est l’instrument désintéressé de la liberté d’expression populaire.

Il reste le cas particulier du financement via le parti, qui est probablement la variante du premier cas la plus fréquente de nos jours, mais qui ne change pas grand-chose à l’analyse précédente.

Sauf à ce que j’ai omis un scénario, peut-être évident, on comprend que la question de la légitimité des revenus d’un élu quel qu’il soit est intrinsèquement sans issue. Il faut alors se rendre à l’évidence, il ne reste que deux conclusions possibles, qui ne redorent guère le blason démocrate.

Soit la fonction d’élu ne peut être remplie que par de riches pseudos idéalistes qui se refuseraient à toucher le moindre centime, tel un Trump sorti d’une fable à dormir debout. Soit nous tenons là une preuve de plus de l’impossibilité opérationnelle de l’idée même de toute démocratie représentative. Je vous laisse deviner celle que je considère comme la plus sérieuse.

Stephane.G