Depuis la Révolution le clivage entre la droite et la gauche est la toile de fond d’affiliations partisanes et d’activismes en tous genres qui toujours l’ont brouillé  sans jamais l’effacer. Le bonapartisme par exemple. Puis le gaullisme. Les gauchers ont voté aux primaires pour le plus franchement à gauche, Hamon, et les droitiers pour le plus nettement à droite, Fillon. Reste que de moins en moins  d’électeurs  se sentent captifs d’un héritage partisan, social ou familial.

D’où l’élargissement de cet espace central – le« marais »- où Macron fait son beurre. Jusqu’à quand ? En outre le FN qui a prospéré sur le cadavre du communisme impose désormais un tripartisme. Ce parti est-il encore d’extrême droite, appellation qu’il récuse ? Si tel est le cas l’Histoire nous enseigne que l’extrême droite est moins une marge de la droite qu’un surgeon de l’extrême gauche. Mettons qu’il soit « populiste », appellation contrôlée par les consciences de gauche : il emprunte sa thématique économique et  sociale à la gauche, son conservatisme identitaire à la droite. Un émiettement durable peut déstabiliser le système si un pouvoir sorti des urnes impose la proportionnelle aux législatives.

Sinon, le scrutin majoritaire acculera tôt ou tard Marine Le Pen à calmer son jeu pour contracter des alliances, sous peine de disparition. La remarque vaut pour Mélanchon. Le clivage reste pertinent. Il repose sur deux approches antinomiques du destin de l’homme et de son rôle dans la cité fortement enracinées dans l’inconscient collectif. Deux conceptions de la liberté, deux relations à la mémoire. S’il disparaissait, ça voudrait dire que la France aurait cessé d’exister. Le plus probable est qu’il s’affadira comme

chez nos voisins, tout en perdurant sous des formes peut-être inédites. Mieux vaudrait qu’au second tour des présidentielles, une vraie droite et une vraie gauche soient en lice. Pour l’heure le PS et LR sont en panne sèche de légitimité parce qu’en mal de chefs incontestés. Plus vite ils se referont une santé, mieux la France se portera. Quand le clivage se laisse oublier, les français cherchent un homme providentiel. Or Napoléon et De Gaulle ne sont plus de ce monde ; on risque de se retrouver avec un Boulanger quelconque et on le payerait cher.

 

Denis Tillinac, écrivain, auteur de « L’âme française ».