Les actions de la troisième banque française cotée en bourse ont fortement chuté jeudi après avoir surpris les investisseurs avec une perte trimestrielle, une hausse des provisions pour créances douteuses et une perte de revenus dans sa division de négociation d’actions.

Première banque française à publier ses comptes trimestriels, la Société générale a affiché, jeudi 30 avril, une perte nette de 326 millions d’euros sur les trois premiers mois de 2020. Les résultats de l’établissement ont été affectés par le plongeon des marchés financiers et par une hausse de ses provisions pour risque de crédit non remboursé, la crise liée à la pandémie due au coronavirus faisant craindre des défauts de paiement en série. Le marché parisien a sanctionné ces résultats, le titre plongeant de 8,62 %, à 14,26 euros, à la clôture.

Cette grosse déception provient des produits d’investissement structurés à sous-jacent actions (les « dérivés actions ») mais aussi de la montée du coût du risque, en particulier dans la banque d’investissement. Le pôle « Banque de grande clientèle » affiche ainsi une perte de 537 millions.

L’action Société Générale a terminé la semaine dernière en repli de 8,5 %, contre une baisse de seulement 4,5 % pour l’indice des banques européennes, à 14,26 euros. Ce prix se situe 11 % au-dessus de son plus bas de 12,80 euros, atteint le 3 avril dernier, qui avait enfoncé les creux de 2009 et 2012. La décote boursière par rapport à l’actif net tangible s’élève à 74 %, l’une des plus sévères de son secteur.

Frédéric Oudéa, inspecteur des financesa fait partie des conseillers de Nicolas Sarkozy durant son passage au ministère du Budget. Il est recruté par la Société générale en 1995. Après l’affaire Kerviel, qui frappe la banque en janvier 2008, il en est nommé directeur général. Frédéric Oudéa accède au poste de P-DG en mai 2009. En mai 2015, il quitte la présidence du groupe pour se consacrer à la direction générale de la Société générale

« C’est de loin la crise la plus grave à laquelle nous avons eu à faire face. D’abord par sa nature. C’est une crise sanitaire qui n’est pas encore maîtrisée, qui peut rebondir et prendre des directions nouvelles. La crise financière de 2008 était déclenchée par un fait générateur clairement identifié : des prêts toxiques  explique t’il .

La banque française «  prévoit de provisionner de 3,5 à 5 milliards d’euros (3,88 à 5,55 milliards de dollars) cette année en raison des pertes dues à la crise des coronavirus » a déclaré son directeur général lors d’une interview samedi.

Frédéric Oudea a également déclaré qu’il s’attendait à ce que le ratio de fonds propres de la banque tombe entre 11% et 11,5%, ce qui resterait de 200 à 250 points de base au-dessus des exigences légales minimales, a-t-il déclaré.

Touché de plein fouet par la dislocation des marchés actions , le groupe a avancé de six jours l’annonce de ses résultats « dans un environnement volatile, avec des rumeurs qui circulent », admet-il au cours d’une conférence de presse téléphonique. De là à dire que la dégradation des comptes de la Société générale pourrait fragiliser la position de son PDG…

Celine Hourverlli