L’économiste retiendra de l’allocution télévisée d’Emmanuel Macron, le dimanche 14 juin 2020, l’invitation faite au Français de travailler davantage, ce qui ne va pas sans courage par ces temps difficiles.

 

« La seule réponse, a dit en effet le  Président de la République,  est de bâtir un modèle économique durable plus fort, de travailler et de produire davantage pour ne pas dépendre des autres. Et cela, nous devons le faire alors même que notre pays va connaître des faillites et des plans sociaux multiples en raison de l’arrêt de l’économie mondiale. »

 

Cette invitation n’est pas sans rappeler le slogan utilisé en 2007 – il y a TREIZE ans déjà – par un certain Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle. « Travailler plus pour gagner plus ». Ce qui  lui avait valu une victoire en fanfare, tant des Français de plus en plus nombreux étaient conscients des dégâts causés à notre économie par les 35 heures instaurées grâce à la démagogie Mitterrand.

 

Il y a d’autres points communs entre Sarkozy et Macron, qui se voient beaucoup en privé et s’entendent fort bien. L’un de  ces points – et non des moindres –  est que leur présidence a été frappée  par des crises mondiales sans précédent. Pour Sarkozy ce fut la méga-crise financière de 2008, handicapant son gouvernement dès le début de son mandat. Pour Macron, c’est au cours de sa troisième année à l’Elysée qu’il doit faire face  à une crise mondiale encore plus grave.

 

Aussi bien Macron a-t-il eu le temps d’engager les réformes indispensables que n’avaient pu engager Sarkozy, notamment la suppression de l’Impôt sur la Fortune, lui aussi un cadeau empoisonné de la présidence Mitterrand. Preuve qu’il était sur le bon chemin, le chômage de masse, ce cancer qui ronge les cœurs et les reins de la France, avait commencé à reculer.

 

Puis, une minuscule particule venue d’Asie a tout mis par terre. Comme la cigale de La Fontaine, la France s’est trouvée fort dépourvue – de masques, de réactifs pour faire des tests, de gel hydroalcoolique, de surblouses, d’appareils respiratoires…Le « meilleur système de santé au monde » a montré des lacunes abyssales. Une humiliation que certains, qui ne craignent pas l’hyperbole,  ont comparé à celle de la Défaite de juin 1940.

 

L’État français a fait alors ce qu’il sait le mieux faire : il a grand ouvert sa boite à bijoux. Macron, dans son allocution, n’a pas manqué de nous rappeler le chiffre pharamineux du chèque qu’il a signé : 500 milliards d’euros.  Mais « nous ne financerons pas ces dépenses en augmentant les impôts », a-t-il assuré.

 

Soit. Mais il faudra bien que quelqu’un paye. Et c’est bien pourquoi certains ont perçu le sous-entendu du nouveau slogan macronien : travailler plus, certes, mais pour gagner moins. Tout le reste –  «la modernisation du pays autour de la rénovation thermique de nos bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes » – serait un habillage qui n’engage à rien et ne ferait qu’amuser la galerie.

 

C’est bien le cas, entre autres, d’ Yves Veyrier. Le secrétaire général de Force Ouvrière a déclaré  dès dimanche soir : « Il ne faut pas que l’Etat orchestre une musique de baisse de salaires. »

 

Les craintes d’Yves Veyrier sont fondées. C’est dans la logique économique de la situation actuelle des entreprises françaises, comme dans le monde entier, que pour réparer les dégâts du coronavirus en manque à gagner et en remboursement de dettes supplémentaires, il faudra retrousser nos manches, c’est-à-dire au minimum travailler plus pour le même salaire, c’est-à-dire accepter une baisse du taux du salaire horaire. Le plus probable malheureusement – et ce qui se constate déjà dans nombre de firmes – c’est que des patrons demandent des sacrifices au niveau des salaires en échange du maintien de l’activité, voire de la survie de l’entreprise.

 

Alors, en effet, il n’y aura pas d’impôt nouveau, sauf celui celui que supporteront de facto par des baisses de salaires ceux qui auront le privilège de garder leur emploi. Un privilège d’autant plus précieux que le chômage va connaître un rebond effrayant.

Philippe Simonnot