UN VERTIGE ÉCONOMIQUE

 

Le 17 mars dernier, les habitudes quotidiennes de la population française se sont fracassées sur l’urgence sanitaire déclarée par le pouvoir politique. Un coup d’arrêt brutal a été mis à nos modes de vie. Il est temps désormais de formuler l’immensité de la vague qui vient de nous frapper. Une vision quasi clinique des chiffres, comme en écho aux diagnostics posés par le monde médical, permet d’objectiver la crise que nous traversons.

 

Une crise mondiale majeure

 

Les poumons du système économique mondial sont atteints par le virus forçant les pays à l’alitement pour quelques temps. Une crise de l’offre et de la demande se combine et touche tous les types d’économies, pays émergents ou grandes puissances économiques. Les institutions de gouvernance internationale se mettent donc en ordre de bataille pour venir en soutien de l’économie mondiale.

 

Le FMI a donné le ton : pour contrer les impacts économiques du coronavirus, l’institution est prête à déployer sa capacité de financement à hauteur de 1000 milliards de dollars à destination de ses 189 pays membres. 

 

Le G20 a pour sa part annoncé une enveloppe de 5.000 milliards de dollars.  Un chiffre qu’il faut savoir relativiser car au-delà de l’effet d’annonce, il vise en réalité la somme des plans de relance nationaux qui couvrent tout à la fois des reports de dettes sociales ou fiscales des entreprises ou la mise à disposition de trésorerie ou d’aides directes. 

 

Enfin, les mesures monétaires décidées par les banques centrales démontrent l’ampleur de la crise,  bien plus sérieuse que celle de 2008. 

 

Des réponses nationales

 

En Chine, la menace de crise économique et sociale est bien réelle. L’impact du virus a été majeur sur l’économie chinoise qui a été quasi-paralysée et qui peine à repartir. Après avoir soutenu l’offre, un plan de stimulation de la demande est désormais attendu. Or l’état de santé du pays du milieu a désormais un impact fort sur celui du monde, la part de l’économie chinoise se montant en 2019 à 17% de l‘économie mondiale.

 

Aux Etats-Unis, le plan de relance de 2.000 milliards de dollars pour soutenir les industries, les petites entreprises et les citoyens affectés par l’épidémie a finalement vu le jour.  

 

En France, l’Etat se mobilise à hauteur de 300 milliards d’euros pour garantir les lignes de trésorerie dont les entreprises pourraient avoir besoin du fait de l’épidémie, sans compter les mesures de report d’échéances sociales ou fiscales, ou d’aides au maintien à l’emploi. Gardons en tête que l’INSEE a avancé un chiffrage selon lequel un mois de confinement coûterait à notre pays 3 points de PIB annuel. Le temps passe, les points de PIB nous filent entre les doigts…

 

Le soutien économique de l’Union européenne

 

L’Union européenne, qui ne dispose que d’une compétence réduite en matière de santé,  va mobiliser différents programmes et fonds pour aider financièrement les Etats membres : 37 milliards d’euros provenant des fonds européens seront disponibles pour les citoyens, les régions et les pays les plus touchés. De surcroît, la Banque Européenne d’Investissement a proposé un plan qui permettra de mobiliser dans un premier temps jusqu’ à 40 milliards d’euros de financement sous forme de prêts relais ou de suspensions de remboursement de crédit… sans compter les discussions autour des coronabonds.

 

Et demain, quelle économie ?

 

Des débats entre économistes sont actuellement à l’œuvre. Et l’on pourrait espérer que le pire n’est pas un certain, dans l’hypothèse d’un scénario de confinement court (4 à 6 semaines), sans rechute de l’épidémie, permettant une reprise progressive de nos capacités de production. 

 

Mais restons lucide : l’arrêt soudain de l’activité économique va conduire à une contraction de la production mondiale en 2020 qui sera une année sacrifiée… et 2021 n’est pas encore sauvée.  

 

Si la Chine repart, nous aurons un espoir de lui emboîter le pas, tirant l’économie mondiale comme en 2008. Mais la décennie restera difficile, avec un traumatisme dépassant les seuls aspects financiers. Et en bout de course, les Français prendront conscience du retour en force de l’Etat dans la vie économique et découvriront que les différents plans de relance ou de soutien à l’économie auront creusé notre dette de façon abyssale. 

 

En économie, comme dans la vie, on paye toujours l’addition.

 

Alexia Germont

Présidente fondatrice  de France Audacieuse