LES ENJEUX DE LA LEGALISATION DU CANNABIS THERAPEUTIQUE ET DE LA TRANSFORMATION DE LA FLEUR DE CHANVRE

Eric CORREIA – Conseiller régional Nouvelle-Aquitaine Président de la Communauté d’Agglomération du Grand Guéret

 

Dans la France contemporaine, alors que nombre de pays – notamment européens – ont légalisé le cannabis à usage thérapeutique, plus de 300 000 patients attendaient de ne plus avoir à se mettre dans l’illégalité pour pouvoir moins souffrir. Depuis le décret du 9 octobre dernier, le rôle du cannabis thérapeutique est ENFIN reconnu pour plusieurs afflictions graves et une expérimentation va pouvoir être lancée sur 3 000 patients. C’est un premier pas important, mais c’est oublier que cette avancée, si elle concerne l’aspect thérapeutique, sanitaire, oublie l’aspect économique majeur qui en découle.

Depuis plusieurs années, la Creuse demande une expérimentation autour de la production de cannabis à usage thérapeutique. La culture chanvrière y est ancienne et sur ce territoire rural, élus, scientifiques, agriculteurs, professions médicales, ont constitué une filière opérationnelle, de la production à la commercialisation des molécules vertueuses du chanvre, en passant par leur purification et transformation.
Pourtant, ils ne voient rien venir, après des mois de vaines tergiversations et la France regarde passer les trains d’un développement économique majeur qui attire les dividendes et les retombées en termes de marché et d’emploi vers d’autres territoires, d’autres pays d’Europe. C’est un non-sens, à l’heure où l’on se pose ENFIN la question du soulagement de la douleur via un traitement cannabique qui a fait ses preuves auprès d’innombrables patients dont il amoindrit la souffrance, mais où l’on va laisser à d’autres Etats la possibilité de produire et de commercialiser. Le récent décret est un premier pas, mais il faut à présent pouvoir transformer la fleur sur notre sol, pas à l’étranger. Un décret DOIT être pris sans délai pour que l’on puisse transformer la fleur en France et une expérimentation être lancée en Creuse où une filière économique complète n’attend que cela pour produire des molécules thérapeutiques en grande quantité.
N’oublions pas, en outre, que la Creuse demande également de longue date le droit de produire du cannabis à usage de bien-être, sans effet stupéfiant, via une molécule contenue dans le chanvre, le cannabidiol (CBD). Là encore les producteurs sont prêts et la filière constituée. Malgré cela, alors même qu’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne du 19 novembre juge illégale l’interdiction en France de la commercialisation du CBD, notre pays continue à accumuler les retards coupables et, avouons-le, débats moraux et de bien-pensance qui n’a rien à voir avec le débat. Recroquevillée derrière le couard principe de précaution et derrière des blocages conservateurs d’un autre temps (confondant sciemment l’usage d’un produit stupéfiant et l’usage thérapeutique ou de bien-être et oubliant que notre pays produit déjà de nombreux opiacés), la France empêche, là encore tout un volet économique opérationnel et efficient de produire ce que d’autres pays vont désormais pouvoir nous vendre.

Finissons-en avec ce non-sens et faisons-en la sorte que la fleur de cannabis soit légalement produite et transformée sur le sol français. Sur le sol creusois, notamment, où tout est prêt. À l’heure des économies vacillantes, ne laissons pas passer la chance de disposer d’une filière qui apporte du mieux-être économique à tous les acteurs et in fine, du bien-être sanitaire et médical aux utilisateurs, aux patients.

Prendre un décret pour la production et la transformation de la fleur en France doit être la suite logique au décret du 9 novembre ; sinon cela reviendra à donner un blanc-seing à nos voisins pour nous faire payer ce que nous savons et pouvons produire nous-mêmes. Finissons-en avec les blocages moraux et les conservatismes réactionnaires et stériles, et soyons ENFIN à l’avant-garde d’une économie dont tous les acteurs sortiront gagnants, de la production à la consommation.