Dans la nuit du 15 au 16 Novembre une fusée Falcon 9 de SpaceX, s’est envolé du pad 39 du centre spatial Kennedy, avec 4 astronautes à bord. Plus qu’une réussite technique, ce lancement symbolise la réussite fulgurante d’un homme, hors du commun, Monsieur Elon Musk. Par Gérard Vespierre (*) Président de Strategic Conseils.

(Crédits : Valérie Semensatis)

Ce lancement marque le retour des Etats-Unis dans leur capacité à lancer, des astronautes, à bord d’une fusée américaine depuis le sol américain. Depuis l’arrêt des vols de la Navette Spatiale, la NASA n’avait pas eu d’autres choix que d’utiliser les services de l’agence spatiale russe, avec sa fusée et capsule Soyouz, pour envoyer des équipages américains vers la Station Spatiale Internationale.

L’Agence spatiale américaine avait dès lors pris l’option de demander à l’industrie privée d’étudier et de proposer fusée et capsule, dans le cadre d’un programme et contrat commercial, afin de concentrer son temp et ses ressources à la conquête de l’espace plus lointain. Charles Bolden administrateur de la NASA à l’époque, a été un des artisans essentiels de ce choix et de la mise en place du programme

3 sociétés ont relevé ce défi de vols habités avec lanceurs et capsules proposées commercialement, Sierra Nevada, Boeing, et le nouveau venu SpaceX. Deux ont été qualifiées et retenu Boeing et SpaceX. Qui aurait pu dire, que le « ¨Petit Poucet » allait réussir avant « l’ogre » Boeing ? Personne. Qui aurait pu dire qu’une société fondée en 2002, par un non spécialiste du domaine, allait pouvoir battre la première société mondiale du secteur aéronautique et spatial ? Personne.

Selon le dernier calendrier de la NASA, Boeing, avec sa capsule Starliner, ne sera en mesure de réaliser ce que SpaceX vient de faire, que dans un an….

Le génie du fondateur a permis cet incroyable succès. Il repose sur une vision en rupture avec les conceptions traditionnelles, et une incroyable capacité à mobiliser autour de lui. La vision est double. Elle fait d’abord le pari que l’avenir repose sur la récupération des fusées, car seul l’abaissement des coûts, en les divisant par …10(!) peut permettre de donner un accès à l’espace, au plus grand nombre. Elon Musk se fixe ensuite l’incroyable objectif de la colonisation de la planète Mars, afin que la race humaine devienne multi-planétaire !

Folie ou génie… ? Le génie s’engage tous les jours, un peu plus dans la voie vers cet objectif martien.

La récupération du 1er étage de la fusée Falcon 9, est maintenant assuré régulièrement.  Depuis la première réussite, en Décembre 2015

La première réutilisation d’un étage ayant déjà volé a lieu en Mars 2017. Dès lors s’enclenche une autre course, diminuer le temps de remise en état, entre deux vols. De plus de 6 mois, SpaceX vient de descendre à 7 semaines… ! La viabilité du modèle se précise. La recherche de l’économie est partout. Les plates-formes de récupération en mer du premier étage, à plus de 300km des côtes de Floride, sont entièrement automatiques. Aucun personnel à bord… ! Il n’y a que quelques petits bateaux d’accompagnement.

Plus de 60 récupérations réussies à ce jour, 44 vols réussis avec un premier étage ayant déjà volé. Qui aurait osé prédire cela il y a seulement 5 ans. Personne. Si, au moins une personne : Elon Musk….

Les grands pays de la Conquête spatiale, Chine, Russie, Europe, Inde, se sont mis à étudier des systèmes permettant une récupération partielle, et donc ont commencé à concevoir de nouvelles architectures de fusée. Pour l’anecdote, quand l’agence Russe Roscosmos a présenté récemment un projet de fusée récupérable, vraiment très ressemblant à la Falcon 9 de SpaceX, elle a annoncé une date de lancement en 2025. Elon Musk s’est permis de répondre : « C’est très bien, mais à cette date, il faudra être entièrement récupérable » ….

La récupération totale, premier, deuxième étage, et vaisseau habité ou cargo, est en effet l’objectif sur lequel SpaceX travaille pratiquement …24 heures sur 24 … !

Sur un nouveau site de construction et de lancement, à Boca Chica, au Texas, à la limite de la frontière mexicaine, les prototypes de ce nouveau lanceur sont en train de prendre forme. Il se composera d’un premier étage, dénommé « Super Heavy » et d’un deuxième « Starship », ce dernier incorporant en un seul ensemble, l’étage et la partie habitée ou cargo. Le tout est entièrement récupérable. Les ingénieurs travaillent au premier étage « Super Heavy » ont pour objectif de le faire revenir se poser très exactement sur la plate-forme de lancement d’où il a été tiré. Objectif pouvoir relancer avec le strict minimum de manutention, dans les 12 heures… ! Epoustouflant !

Elon Musk, l’homme des défis continuent de lancer des défis à ses équipes… ! A SpaceX, rien d’impossible. Toujours faire reculer ce qu’on croyait être les limites… !

Dans quelques jours, sera lancé jusqu’à une altitude de 15 kilomètres un prototype de « Starship ». Rien ne sera simple, mais les équipes feront tout pour essayer une mise en orbite avant la fin de l’année prochaine.

Elon Musk rêve d’avoir sa nouvelle fusée, testée et prête avant que la NASA lance, avec son propre système SLS (construit par …Boeing !) un nouvel équipage vers la lune…en 2024.

Le rêve toujours le rêve. Fabuleux moteur.

Également initiateur et propriétaire de Tesla, premier fabricant mondial de voitures électriques, moyen et haut de gamme, cet homme est comme le Léonard de Vinci du 21ème siècle. Les États-Unis ont beaucoup de chance de le l’avoir, mais peut-être qu’une telle aventure ne peut arriver que dans ce pays.

Le pays de la Nouvelle frontière, mais dans ce cas, elle est toujours repoussée… ! Chapeau, Monsieur Elon Musk.

(*) diplômé de l’ISC Paris, Maîtrise de gestion, DEA Finances, Paris Dauphine.
Auteur du site : www.le-monde-decrypte.com