Gérard Vespierre est conférencier et chercheur

Depuis la chute de Saddam Hussein, Téhéran a construit une présence forte en Irak. Les difficultés économiques irakiennes et élimination du général iranien Soleimani à Bagdad, rebattent la donne sur l’un des fronts majeurs de la bataille Washington-Téhéran.

Téhéran a profité du ressentiment anti-américain, et de la naissance de Daech pour créer en Irak des milices, plus de 30.000 hommes, armées et payées par le Trésor iranien.

Le deuxième parti au parlement, est sous influence iranienne. L’Iran entretient 8 Consulats, dont les responsables sont des Gardiens de la Révolution. L’ambassadeur iranien à Bagdad, Iraj Masjedi, officier supérieur de la force Qods, dépendait du général Soleimani. Ce dernier agissait en véritable Proconsul iranien en Irak. Les mille kilomètres de frontière entre les deux pays ont facilité les échanges commerciaux, énergétiques, légaux et illégaux.

Téhéran s’est donc constitué en Irak, un bastion, et une forte zone d’influence. Mais cette situation a amorcé un virage et un déclin.

En 2018 à Bassora, le consulat iranien a été incendié et son drapeau brûlé. Sécheresse et inaction du gouvernement ont motivé ces mouvements. Fin 2019, d’importantes manifestations se sont déroulées contre la corruption du pouvoir, et la mauvaise situation économique. Le cri inattendu       «Iran dehors » a retenti à Bagdad et dans les grandes villes du Sud.

Le 3 janvier l’élimination du général iranien Soleimani, a provoqué manifestations de soutien mais aussi manifestations de joie. Le nouveau premier ministre, Mustafa Al-Kadimi, a recentré la politique irakienne. Ancien dirigeant des services de renseignement, il est en relation avec Téhéran et Washington. Il vient de rencontrer Donald Trump, et son ministre de la défense le chef du Pentagone. Une telle situation était impensable, il y a quelques années.

L’Irak vient de signer pour 8 milliards de dollar de contrats avec des sociétés américaines dans la production de gaz, la production et la distribution d’électricité. Le secrétaire américain à l’Energie a souligné « le rôle crucial des investissements américains » et a « mis l’accent sur le besoin de rapides progrès vers l’indépendance énergétique de l’Irak vis-à-vis de l’Iran« .

Les Etats-Unis et l’Irak ont rétabli un comité de coordination sur l’énergie.

Insensiblement, mais continuellement l’Iran voit son influence en Irak se rétrécir. Les Etats-Unis voient la leur se renforcer.