Capitalisme, innovation, entrepreneur, destruction créatrice, cycles…tels sont les mots clés de la pensée de Schumpeter. Plus qu’un simple économiste, Schumpeter est un penseur des sciences sociales. A ce titre, on peut le situer aux côtés des plus grands (Smith, Marx, Keynes, Hayek) que l’on peut lire sous d’autres angles que la science économique: sociologie, psychologie, politique…Son célèbre livre « Capitalisme, socialisme et démocratie » (1942) en est la preuve. Il est, de plus, souvent présenté comme un hétérodoxe. Mieux vaudrait dire inclassable, dans le sens où pour lui « il n’y a ni bonne, ni mauvaise économie, mais seulement du bon ou du mauvais travail ». Enfin, sa connaissance approfondie de l’histoire de la pensée économique et sociologique est le pilier de toute son oeuvre. Examinons les points clés de la pensée de Schumpeter ainsi que son actualité.

L’analyse du capitalisme : Il y a rupture avec l’analyse néo-classique statique et considérant que le déséquilibre est anormal. Au contraire, Joseph Schumpeter considère que le déséquilibre est nécessaire en étant un ressort fondamental du capitalisme. Celui-ci est un organisme vivant capable d’évolution, de sélection, de mutation. Cet aspect s’observe dans la concurrence (loin d’être pure et parfaite) où les plus faibles disparaissent dans une logique darwinienne.

L’évolution est matérialisée par des cycles dont la source est l’innovation. Celle-ci se produit par à-coups et se diffuse en grappes (où de multiples innovations se greffent sur une innovation majeure). L’innovation n’est pas seulement du progrès technique, il en distingue cinq types:
> fabrication d’un nouveau produit (ex: apparition de l’automobile)
> nouvelle méthode de production (ex: passage d’une fabrication artisanale à industrielle)
> nouveaux débouchés (ex: nouveaux marchés, nouveaux besoins de consommation)
> nouvelle source de matières premières (ex: utilisation du pétrole au lieu du charbon)
> nouvelle organisation du travail (ex: OST)

Ces cycles s’accompagnent d’une destruction créatrice (l’ancien est remplacé par le nouveau mais aussi les plus faibles sont éliminés par les plus forts…) qui est, au bout du compte, bénéfique à la croissance.

Au centre de cette analyse : l’entrepreneur. C’est grâce à sa créativité autant qu’à sa recherche du profit (c’est un capitaliste) qu’il impulse la destruction créatrice, dynamise la croissance. Il ne faut toutefois pas faire l’erreur de le placer en situation de concurrence. C’est même le contraire, puisque c’est le monopole qui peut lui assurer le meilleur taux de profit. N’oublions pas que l’entrepreneur innovateur prend des risques et veut être rémunéré en retour!

Dernier point parfois oublié: le rôle crucial des banques, de leur création monétaire par le crédit. L’épargne seule ne suffit pas. Schumpeter montre le rôle fondamental de la monnaie, en fait du crédit et donc de l’endettement.

Schumpeter avait programmé la chute du capitalisme et son remplacement par le socialisme. Il s’est trompé, mais la grave crise actuelle, bancaire, financière souligne qu’on est loin de la fin de l’histoire…

On peut lui donner raison sur la relation non automatique entre capitalisme et démocratie (voir Chine) et qu’il ne saurait y avoir de capitalisme universel (à l’anglo-saxonne par exemple).

Le concept d’innovations comme source de croissance est toujours une évidence. La problématique est cependant complexifiée: il y a toujours des rentes monopolistiques (voir Microsoft), mais plus de concurrence et une propagation plus rapide des innovations pouvant accélérer les cycles de destruction créatrice.
Quoiqu’il en soit, la vision de l’entrepreneur innovateur schumpetérien est toujours idéalisée, « capital-risqueur » et sublimée face au « vilain » capitaliste financier cupide et court-termiste.

Pour finir, la pensée de Schumpeter montre toujours la nécessité d’une analyse économique dynamique en relation avec l’histoire et qu’il est illusoire (et dangereux) de rechercher des lois économiques immuables .
Source : J Calatayud