La révolution numérique s’accompagne d’une révolution de la consommation, celle des usages. Désormais, la propriété matérielle cède le pas à l’usage. Or, les usages deviennent multiformes et hybrides : l’écoute en streaming se conjugue avec la fréquentation des concerts, l’e-commerce est complété par de nouvelles expériences retail, le moi s’exprime dans un pluricommunautarisme des réseaux, la globalisation de notre univers fait écho à l’économie circulaire.

Ce n’est pas en tirant systématiquement les coûts vers le bas que les entreprises rencontreront leur marché et créeront de la valeur durable, mais en favorisant le basculement de la technologie vers l’usage, dans une logique de type click and mortar,

c’est-à-dire l’alliance de l’activité en ligne et du commerce traditionnel. Car dans la compétition mondialisée qui est notre environnement immédiat, l’objectif ne peut pas être seulement de rattraper les concurrents ; il faut également se mettre en condition d’accomplir un saut technologique,pour prendre de l’avance. Faute d’intégrer dans leur stratégie ces indispensables transformations structurelles, les entreprises se priveront d’une source d’activités évidente. Un programme de recherche mené par le MIT et Capgemini Consulting a par exemple montré que les entreprises qui ont su saisir les opportunités de la transformation numérique ont une profitabilité supérieure de 26 % à la moyenne. Le numérique accélère le business, il faut donc s’y mettre ! Mais pour s’y mettre, encore faut-il que les entreprises sachent qu’elles y ont un intérêt, et qu’elles dépassent les idées reçues et les raisonnements simplistes sur le sujet.

Ainsi, pour beaucoup d’entreprises, l’irruption du numérique équivaut à l’arrivée des barbares s’attaquant à l’Empire. Or, vis-à-vis des barbares, deux attitudes sont possibles : tenter de les repousser, à coups de réglementation, de désinformation

et de contraintes, ou les intégrer dans son modèle pour en tirer profit. La première solution est rassurante à court terme, mais illusoire à moyen terme car on ne résiste pas impunément à la pression du progrès. C’est la seconde solution qu’ont choisie un nombre croissant de grands groupes français, tels Total, la Société Générale et Orange, Cette intégration « gallo-romaine » de la « barbarie » est le seul moyen de s’épargner le risque d’un déclassement de l’économie française.

Mais la transformation numérique, régulièrement présentée comme un élément crucial de la performance des entreprises, est encore loin de faire l’unanimité, en particulier chez les dirigeants de TPE (très petites entreprises) et de PME, qui

s’y montrent réfractaires. Là encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 47 % d’entre eux considèrent que la transformation numérique est un simple « phénomène de mode » et deux dirigeants sur trois ne perçoivent pas le caractère stratégique

de ce « phénomène » pour leur entreprise 2.C’est ce qui a conduit en 2015, au lancement de l’Alliance industrie du futur, véritable avant-garde de la révolution numérique. Destinée à développer  et à promouvoir l’offre technologique du futur,

elle a déjà accompagné plus de 4 000 entreprises porteuses de projets innovants.

Mais il faut aller plus loin. D’abord parce que cette initiative ne concerne pour l’instant que le secteur industriel et qu’elle pourrait être avantageusement étendue à d’autres domaines qui n’ont pas encore exploité toutes les ressources que la révolution numérique met à leur portée. Les énergies des acteurs du numérique dans ces domaines gagneraient à être fédérées. Je me réjouis à ce titre du lancement de l’initiative France Num par la Direction générale des entreprises qui met en oeuvre ces recommandations .