La question du « genre » a pris une place jusque-là inédite en France. Beaucoup d’adolescents doutent de leur capacité à habiter leur genre ; des consultations spécialisées commencent à s’ouvrir.

Certains politiques veulent promouvoir « l’identité de genre », des citoyens pourfendent ce qu’ils appellent la « théorie du genre ». Alors que le droit français ne parle que pour des « hommes » et des « femmes », des voix s’élèvent pour demander pour la reconnaissance du « sexe neutre » dans les textes. Reconnaître la notion de « genre neutre » dans la législation serait-il vraiment si compliqué ?

Non-binaire, « gender fluid », « agenre », trans… dans les lycées et sur les réseaux sociaux, de plus en plus de jeunes gens se définissent en dehors de la dichotomie fille-garçon majoritaire. Les professionnels, intervenants scolaires, qui côtoient les adolescents le disent : ces dernières années, ils sont bien davantage confrontés à de telles situations – qui restent très minoritaires. En février 2020, à Albi, un lycéen qui se rendait en classe avec du fard à paupières et des chaussures à talons a ainsi défrayé la chronique. Son apparence a déplu à une mère d’élève du collège de son groupe scolaire, qui s’est ensuite plainte à l’établissement.

C’est quoi être « non binaire » ?

Ces personnes remettent en cause la dimension fixe et binaire du genre : soit elles sont nomades dans le genre, soit elles préfèrent ne pas dire leur genre. Rien à voir en revanche avec l’orientation sexuelle, ou avec un changement de sexe au niveau médical.

Cette dynamique identitaire présente plusieurs variantes : certains s’identifient comme « no-gender » (11 % des jeunes interrogés par OpinonWay), d’autres préfèrent le terme de « gender-fluid » (11 %), c’est à dire qu’ils peuvent s’habiller un jour en homme, le suivant en femme.  Les rôles sociaux et les injonctions à la féminité sont contradictoires. Ne pas choisir un genre, c’est personnel, mais aussi politique.

Que dit la loi en France ?

 

Par lettre en date du 8 janvier 2013, cosignée par la garde des sceaux et la ministre aux droits des femmes, la CNCDH a été saisie dans le cadre du programme d’actions interministérielles contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. La saisine porte sur deux questions liées entre elles sans pour autant être assimilables l’une à l’autre : la première concerne la définition et la place de l’« identité de genre » dans le droit français ; la seconde porte sur les conditions de modification de la mention du sexe dans l’état civil. Les personnes Trans identitaires (1) sont souvent stigmatisées, voire discriminées, et il n’est pas certain que les termes de la législation actuelle les protègent suffisamment contre les actes et les menaces dont elles peuvent être victimes. En outre, le parcours judiciaire de changement de sexe se traduit toujours par une dégradation de la condition sociale de la personne, contrainte pendant une durée trop longue à vivre dans un genre opposé à celui que lui reconnaît son état civil.

Lire le Journal officiel du _20130731_0176_0100

Sahara Cohen