Ce que Yoyo Maeght a souhaité, c’est mettre en exergue un esprit, un mode de pensée dans le plus grand respect. Ne surtout pas réaliser un palmarès, une liste ou un inventaire. Via le mécanisme de la pensée, comment en est-il arrivé à faire cette œuvre, à imposer ce nom à la postérité...

 

C’est  au Café de Flore, dans son univers germanopratin, devant du thé et des brioches, que j’ai recueilli les confidences de la petite fille du célèbre marchand d’art, collectionneur et mécène ; Aimé Maeght, le grand-père tant aimé de Yoyo.

Dès l’enfance, elle a ressenti la nécessité de sauvegarder, tel un bien précieux, chaque moment, chaque rencontre ; autant de pépites qu’elle pressentaient déjà comme exceptionnelles. Son quotidien, elle le partageait avec Miro, Picasso, Prévert, Braque, Giacometti, Malraux, Calder, Chagall, Tapiès…

Aujourd’hui, à travers ce livre – témoignage de plus de 330 pages, elle nous offre de très grands moments de l’histoire de l’Art, des années soixante à nos jours.

Extrait : Passeur de lumière,  page 216

Tous s’affairent, le vernissage est proche. Je suis là, face à cette immense toile du Douanier Rousseau, cette jungle me fascine. Je ne peux pas en détacher mon regard. Papy arrive. Des mots sortent de ma bouche : « c’est quoi ? Pourquoi c’est ici ? C’est quoi  la Fondation Maeght ?» Là, alors qu’il est appelé de tous côtés, je vois son visage se détendre et il y accroche un sourire pour me répondre calmement. Il prend soin de prendre ma main dans les siennes, comme un médium, comme un rebouteux pour me transmettre sa chaleur. « ça, c’est ce que je dois faire. Cet artiste, aujourd’hui, personne n’en veut, il est encore trop moderne, alors qu’il peint d’une façon si classique. On le dit naïf, c’est ridicule. Alors, je dois le montrer, l’exposer, le défendre. La fondation, c’est tout à la fois cette obligation et cette exigence. » (…)

Souriante et enfin libérée de la lourde tâche qu’elle s’est elle-même imposée, elle me raconte l’aventure de cette « Bible», nourrie de plus de trente années d’archives,  afin que le puzzle composite de sa mémoire intacte et des confidences de son grand-père, soit  raccord avec la réalité historique,  pour en arriver à ce résultat, à cette dominante, impressionnante de précision.

La benjamine des trois sœurs Maeght n’en est certes pas à son coup d’essai. En 2006, pour la commémoration  des cent ans de la naissance d’Aimé, elle avait publié aux Editions de la Martinière : La passion de l’art vivant. Puis en 2010, pour l’ouverture après travaux de la Fondation Maeght : L’art et la vie, chez Gallimard.

Dans ses lignes, elle s’exprime à la première personne du singulier et assume cette genèse, tout en prenant le risque de ne pas plaire à tout le monde.

Ce que Yoyo Maeght a souhaité, c’est mettre en exergue un esprit, un mode de pensée  dans le plus grand respect. Ne surtout pas réaliser un palmarès, une liste ou un inventaire. Via le mécanisme de la pensée, comment en est-il arrivé à faire cette œuvre, à imposer ce nom à la postérité…

Elle me confie que sa toute première émotion, elle l’a ressentie à la Fondation qu’elle considère – à juste titre – comme une véritable spiritualité.

A l’occasion des cinquante ans de la Fondation Maeght, il fallait que l’un des membres de la famille s’y colle, et c’est elle, Yoyo, la battante, la rebelle, la petite fille dont la drôle d’histoire résonne dès le berceau comme un conte de fée Carabosse, qui nous offre à tous, amateurs d’art confirmés ou en devenir, ce cadeau somptueux: son devoir de mémoire.

La Saga Maeght – par Yoyo Maeght, chez Robert Laffont.

Yoyo Maeght se consacre entièrement au monde de l’art. Elle est éditrice, galeriste et commissaire d’expositions. Elle est aussi gardienne de très beaux secrets qu’elle nous dévoile sans limites dans ce livre à consulter absolument.

M.vignon