Comme un écran de fumée, un de plus, l’hypothèse d’un « gouvernement d’union nationale » resurgit des entrailles de l’histoire politique française, comme une réponse à la crise du COVID-19. L’union nationale est une suite logique, quasi inéluctable à la désormais célèbre formule du Président « nous sommes en guerre ». Que fait-on après une guerre ? L’union sacrée bien entendu.

L’emploi des « jours heureux » par Emmanuel Macron le 13 avril n’avait rien d’étonnant ; subtilement, le président a passé un message aux Français. Il a signifié au peuple sa volonté d’incarner, comme jadis le Général de Gaulle et le Conseil National de la Résistance, la France éternelle, celle qui promet des lendemains meilleurs à une nation fracturée par la crise. Jupiter s’est glissé dans l’uniforme du Général. Une fois le signal lancé depuis l’Elysée, la nébuleuse politico-médiatique et les « visiteurs du soir » ont eu à cœur de relayer la parole divine en laissant courir le bruit du fameux « gouvernement d’union nationale ». Trait caractéristique de notre époque, les pronostics ont rapidement fuité dans les journaux du soir : Nathalie kosciusko-Morizet, Stéphane Le Foll, et même… Manuel Valls.  

La volonté présidentielle de ressusciter la posture Gaullienne, masque pourtant une manœuvre politique éculée. En tentant d’éclipser le débat de fond, sur le rapport de la nation avec l’écologie, la mondialisation ou l’économie de marché, le pouvoir tente d’affaiblir les partis dits « de gouvernement » (Les Républicains et le Parti Socialiste). En ralliant certains ténors politiques modérés des deux camps, l’exécutif tente de neutraliser la concurrence en vue de l’élection présidentielle de 2022. 

En utilisant les recettes de l’ancien monde, le nouveau oublie que face à la défiance du peuple et ses manifestations polymorphes, ce sont les idées qui doivent changer, pas le casting. Le pouvoir se maintiendra peut-être cinq années de plus par les manœuvres tactiques et les diversions médiatiques, mais s’il esquive toujours les préoccupations du peuple, il fait courir à la France un grave danger. 

La crise révèle pourtant la profonde lassitude des Français face à une mondialisation qui réclame d’aller toujours plus vite, de maximiser sans cesse tout ce qui peut l’être, faisant fi des frontières, de l’humanité ou de l’écologie. L’Elysée se trompe en pensant calmer les esprits par du saupoudrage tactique et des manœuvres de communication, car au fond, plus personne n’y croit.