Philippe Dorthe est Conseiller départemental du canton Bordeaux-4

Les jours d’élections, le niveau de l’abstention est fébrilement attendu et constitue un préalable à tout commentaire. Comme baromètre, il est un indicateur du climat de l’opinion, du lien entre les citoyens et leur représentation politique, et plus largement de l’état de santé du système démocratique. Son augmentation régulière au fil des élections depuis une vingtaine d’années en France comme dans nombre de pays européens interpelle analystes, commentateurs et acteurs de la vie politique.
Cette crise de la démocratie menace directement les scrutins décisifs de l’an prochain, d’autant plus que l’on répète chaque jour que les jeux sont faits.

À moins d’un an de l’élection présidentielle et à la veille des scrutins territoriaux, quatre élections législatives partielles confirment la poussée inexorable de l’abstention
Les régionales et des Européennes dépassent régulièrement les 50 % d’abstention, mais désormais, même les législatives sont concernées. Comme si les citoyens n’avaient plus conscience de la structuration des institutions.
Les médias nationaux font une lecture strictement nationale du scrutin : à aucun moment, vous ne verrez pas une comparaison des programmes. Seules subsistent les stratégies pour préparer 2022, difficile alors pour les citoyens de se sentir concernés. Inéluctable, tragique, ou simple choix des électeurs d’aller en terrasse plutôt que dans l’isoloir ? Dans une perspective plus large, la situation devient très inquiétante.
La question de fond est : à partir de quel niveau d’abstention, doit-on considérer que la légitimité des représentants est remise en cause ? Certains disent que le phénomène est inéluctable, qu’on ne peut pas forcer les gens à s’investir dans la démocratie et qu’une majorité de gens aspire à consommer tranquillement pendant que les autres gèrent les affaires. 

Philippe Dorthe