La maire de Paris, Anne Hidalgo, envisage la possibilité d’armer ses agents de surveillance municipaux. L’irruption des attentats terroristes de 2015 dans le débat public sur la sécurité a imposé l’idée d’un nécessaire armement des policiers municipaux pour résister aux futures attaques de même nature. Mais bien avant, la lutte contre la délinquance dans les quartiers dits « sensibles » avait déjà fait émerger cette revendication de la part de policiers municipaux. En France, il y a 22 780 policiers répartis dans 3462 communes. Les missions des agents de police municipale sont d’ordre administratives (prévention, surveillance, sécurité…), judiciaires (réalisation de procès-verbaux, relevée des identités des contrevenants etc.) ou territoriales.

 

Le débat est clivant : côté anti,Christian Mouhanna, chargé de recherche-CNRS au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) avance : « Ni dans le cas de Charlie Hebdo, ni dans celui du Bataclan, les armes des policiers « normaux » (non spécialisés) n’ont permis de faire cesser les massacres. Leurs armements ne leur permettaient pas de lutter contre les kalachnikov des terroristes. Il a fallu l’intervention de services spécialisés. La question devient alors : faut-il armer les policiers municipaux d’armes lourdes ? Celles-ci sont tellement puissantes – capables de traverser des cloisons par exemple – que leur utilisation risque immanquablement de provoquer des victimes collatérales. Le danger d’une « bavure » en ce cas n’est-il pas plus probable qu’une attaque terroriste que le policier isolé n’iront peut-être pas affronter, même bien armé.

Au-delà de ces considérations techniques, une grande partie des policiers nationaux restent très réticents à utiliser les armes à feu dont ils sont dotés, à la fois du fait des contrôles qu’accompagnent cette utilisation, mais aussi parce que l’immense majorité d’entre eux redoute de tuer quelqu’un, notamment en situation de panique ».

Côté pro : « Les agents sont exposés au même titre que la police nationale ou la gendarmerie, aux mêmes risques et aux risques les plus graves », indique Cédric Michel,Président national du Syndicat de défense des policiers municipaux. « Concernant la formation, les conditions d’armement des policiers municipaux sont strictement encadrées. Les contrôles, qui sont effectués, sont extrêmement plus draconiens que dans la police nationale ou dans la gendarmerie. Par exemple, lorsqu’un policier municipal est recruté, il doit passer un concours et des tests psychotechniques, il est nommé stagiaire pendant un an. Il suit alors une formation théorique et technique assurée par le CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale) et passe six mois en unité. Si son maire décide de l’armer, il doit en plus passer de nouveaux tests psychotechniques, psychologiques, de capacité, suivre une nouvelle formation initiale et une formation continue ».

 

 

Au final la question de l’armement de la police municipale ne se pose pas en ces termes puisque la majorité des policiers municipaux est déjà armée ! C’est le maire qui décide d’armer ou non sa police municipale, avec l’autorisation du préfet. En 2018, plus de la moitié des policiers municipaux étaient dotés d’armes à feu, la proportion étant plus forte en grandes villes. On assiste même à une augmentation du nombre de policiers municipaux armés ces dernières années.En 2016, 84% des 21.000 policiers municipaux possédaient déjà une arme. Dans le détail, plus de 9.000 agents étaient dotés d’une arme à feu – soit 44% – et plus de 1.800 d’un taser.

La liste des armes que peuvent porter les policiers municipaux est bien définie par la loi. Il peut s’agir de bombe lacrymogène, matraque, bâton de défense, projecteur hypodermique (anesthésiant), revolver chambré, arme de poing, Flash ball,Tasers.

Par ailleurs, on peut se demander en quoi armer la police réglerait le problème de la délinquance. À Nice où on a fait de la sécurité une priorité, la ville partage avec Marseille, la première place des villes avec le plus grand effectif de policiers municipaux. Dans ces deux villes, les agents sont armés : On est pourtant loin, des résultats escomptés, notamment à Nice qui est classée 401e sur 408 des villes où règne l’insécurité. En Amérique du Nord, les policiers sont armés, et la criminalité est pourtant bien plus élevée qu’en France : pour 100.000 habitants, le nombre de meurtres est de 5,6 aux Etats-Unis pour 1,7 en France.

Hélène Samson