La Maison des artistes vient de publier un « Manifeste des Arts visuels » . Signé par 17 000 artistes, ce texte inédit dénonce l’existence en France d’un art officiel, étatisé et marchandisé. De quoi s’agit-il ?

 

L’art contemporain représente un commerce qui est le dernier grand marché qui n’est pas régulé : les oeuvres font l’objet d’une spéculation sauvage où le délit d’initié, les conflits d’intérêts et les situations de monopoles sont monnaie courante.

 

L’Etat se fait complice de cette spéculation en entrant dans le jeu de la coproduction, qui est très à la mode. Officiellement, c’est une forme de mécénat : un musée, ou une institution publique organise, pour des budgets non négligeables, une exposition qui permettra de mettre en valeur tel ou tel artiste. Officieusement, l’Etat participe financièrement à la valorisation de la cote d’un petit nombre d’artistes contemporains choisis.

 

Dans le journal Libération, la sociologue Nathalie Heinich avait soulevé un exemple précis : l’exposition « Beauté en Avignon », organisée dans le cadre de la célébration de l’an 2000 par le ministère de la Culture, alors dirigé par Jean-Jacques Aillagon, avait coproduit le Split-Rocker, de Jeff Koons.

 

Il s’agit d’une sculpture monumentale en fleurs, qui nécessite 100 000 fleurs fraîches, 10 tonnes de terre, une structure métallique dont l’installation prend un mois, une équipe de jardiniers pour remplacer les fleurs chaque jour, une nacelle pour arroser, des éclairages… Le tout pour un budget, on l’imagine, tout aussi monumental.

 

Cette œuvre a été rachetée en 2001 par François Pinault

 

Et c’est là que le contribuable est en droit de se poser cette question : le galeriste de Jeff Koons a-t-il rétrocédé à l’Etat la part investie dans la coproduction de l’oeuvre à Avignon ?

 

Dans le cas contraire, ce financement par l’Etat d’une œuvre vendue sur le marché relève d’une subvention déguisée, d’un détournement de fonds public, voire d’un abus de bien social !

 

Que dire alors des expositions d’artistes contemporains organisées dans des hauts-lieux du patrimoine ?

 

Transformer les lieux patrimoniaux en « show-room » permet de valoriser les cotes des artistes exposés. Il s’agit donc d’utilisation de biens publics au service des collectionneurs privés. Le prestige du monument est utilisé pour donner une légitimité à des objets dont les critères esthétiques sont loin d’être avérés…

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