L’ancien ministre de l’Agriculture participe à un Webinaire sur la « transition énergétique, des paroles aux actes », jeudi 12 novembre à 15h, retransmis sur www.vudailleurs.com. Il est organisé par le Bordelais Philippe Dorthe, président du club Blanqui et Jean-Marie Cambacérès, président du Club D12

 

« Vudailleurs.com » : La crise sanitaire a accru le souhait de nos concitoyens de manger plus sain et de développer davantage de circuits courts, mais notre agriculture peut-elle produire autant en étant plus écologique ?

 

Stéphane Le Foll : Les critiques aujourd’hui des Français sont liées aux techniques utilisées dans certains pans de notre agriculture, notamment dans la viticulture qui a recours à de nombreux traitements chimiques. Par ailleurs, il y a aussi un problème culturel, une aversion aux risques des agriculteurs qui ont peur de perdre en rendement, en production en passant au bio.

 

L’agroécologie, (qui repose sur l’utilisation optimale des ressources apportées par la nature pour développer une agriculture recourant le moins possible aux intrants de synthèse et ainsi accroître l’autonomie des exploitations), prouve justement que l’on peut être productif et écologique. Cela permet de gagner 50 % de temps de tracteur et d’économiser 60 % de fioul.

 

C’est un bon exemple des débats économiques, environnementaux et sociaux qui nous attendent demain avec cette crise sanitaire. Car, nous l’avons bien vu avec les impacts de cette pandémie, l’accès à l’alimentation devient plus difficile. Pour de plus en plus de Français, cela représente 45 à 50 % de leur budget mensuel.

 

Justement, l’alimentation bio n’est-elle pas plus chère ?

 

Notre alimentation sera plus chère si l’on prône un modèle d’agriculture où on produit moins qu’aujourd’hui. Si on maintient un certain niveau de production et de rendement, le prix sera plus acceptable. Ou alors, il faut importer des produits bio, parfois conçus dans des conditions qui laissent à désirer… Le plus pertinent serait de maintenir un niveau important de production avec de l’agriculture conventionnelle, mais qui peut utiliser bien moins de produits phytosanitaires. Même dans la viticulture, à l’image de la famille Teycheney qui a trois propriétés en biodynamie en appellation Saint-Emilion.

 

Comment impulser ces changements ?

 

Par une volonté politique forte. Ce sont des sujets, sur lesquels la gauche doit se rassembler et se fédérer pour remporter la présidentielle de 2022. Pour l’heure, Jean-Luc Mélenchon a déposé sa candidature, sans surprise. Les écologistes veulent aussi avoir leur candidat. Mais, la vraie question est : « pour quoi faire ? ».