Paris est désert et ce n’est pas uniquement à cause du confinement. Depuis le début des mesures de quarantaine, les rideaux de fer restent baissés et pour cause : 17 % des habitants de la capitale ont fait le choix de partir, avant que les mesures de confinement ne deviennent drastiques.

Souvenez-vous de ces images de gares parisiennes bondées. Nous étions quelques jours avant le fameux 16 mars, jour 1 de notre nouvelle vie en intérieur. Si on connaît tous quelqu’un qui appartient à cette catégorie de « fuyards », on peut désormais les quantifier, grâce au réseau téléphonique Orange, qui a collecté les datas de ses abonnés.

Entre le 13 et le 17 mars, 1,2 million d’habitants du Grand Paris sont partis pour se confiner en région. L’île de Ré (Charente-Maritime) a vu sa population gonfler de 30 %, ce qui a d’ailleurs généré un climat de tensions avec ceux qui habitent là-bas à l’année Pendant ce temps les départements de l’Orne et de l’Yonne ont enregistré 10 % de hausse des résidents

Difficile de leur jeter la pierre… sans pour autant ressentir l’impression d’un confinement à deux vitesses.

L’attrait de la province en ce début de printemps ajoute au désir de fuir une capitale qui apparaît désormais comme un sinistre repoussoir, envahi par les corbeaux dans les rues désertées. Fuir la promiscuité de l’habitat urbain, l’environnement anxiogène de la ville et se retrouver au vert, au moment de l’éveil de la nature avec cette jubilatoire impression d’avoir un peu filouté sur le destin !

C’est vrai que notre France est belle ! Elle est une mère hospitalière qui nous accueille avec largesse ; chaque patelin révèle ses sortilèges : douceur des paysages, des ciels ouverts sur l’horizon, « petit coin de verdure où coule une rivière », jolie départementale bordée de platanes, un clocher au détour d’un chemin…

L’agenda s’est vidé et on se retrouve avec un sentiment d’oisiveté vite occupé par des sensations nouvelles. Le temps s’y écoule autrement et même l’ennui peut y avoir du charme.La langueur du temps nous ouvre à des vérités que la vitesse et le trop-plein nous dissimulent. En laissant infuser les heures, on donne aux objets, aux paysages, la possibilité de déployer leurs nuances. En décélérant, l’existence gagne en profondeur, on devient attentif aux fêtes de l’instant, ces petits riens qui révèlent leur poids de beauté et de mystère.

Ce ne sont pas des vacances, loin s’en faut, mais on peut glaner de petits bonheurs éphémères : la lune et les constellations reprennent leurs places de luminaires naturels, premières pâquerettes posées au bord du chemin. On ne peut pas aller bien loin, confinement oblige même à la campagne, alors, on voit mieux les petites choses de la nature, on s’émerveille mieux aussi . On se met à l’écoute de la nature, d’un craquement du bois, du bruissement du vent, du chant d’un ruisseau, autant de souvenirs de nos vacances d’enfants. Les marchés sont fermés, mais il y a des dérogations, et alors c’est tout un bouquet d’odeurs , de saveurs qui vous montent à la gorge. Ce regard de proximité , cette approche sensorielle nous apprennent à aiguiser notre regard sur la nature qui nous entoure. Le printemps y tient mieux ses promesses, tout est en place pour profiter du décor. Tout devient plus simple …même si le tragique de la vie finit toujours par nous rattraper.

S. de La Houssière