Paul Melun est auteur « Enfants de la Déconstruction » publié aux éditions Marie B.

Les Etats-Unis, pays des GAFA ont fait l’expérience laborieuse du vote par correspondance lors de la dernière présidentielle. Au soir de l’élection américaine, le président en exercice, Donald Trump prenait la tête de l’élection et déjouait les pronostics des sondeurs. Le lendemain, inversement radical de la situation, son adversaire le démocrate Joe Biden regagnait un à un les Etats où le président sortant était en tête la veille. La cause de ce retournement de situation ? Des millions de votes par correspondance, essentiellement favorables au candidat démocrate qui sont venu inverser la tendance.

Progressivement, ces votes semblent tourner largement en faveur du candidat démocrate. S’engage alors une violente bataille médiatique et bientôt judiciaire alors que les médias Nord-Américains octroient la victoire à Joe Biden. Le camp républicain pointe plusieurs fraudes sur ces votes par correspondance tandis que s’amorce une bataille juridique qui s’annonce fratricide pour la nation.

Depuis plusieurs années, la question de l’importation du vote par correspondance en France est à l’ordre du jour. Sous couvert de bonnes intentions (accroissement de la participation, une aide pour les personnes à mobilité réduite, ou encore en réponse à la crise sanitaire), l’idée chemine et semble désormais être une possibilité à l’étude pour les prochaines échéances électorales.

L’amalgame entre la situation américaine et la démocratie française pose question. La participation à l’élection présidentielle en France demeure forte, eu égard à la polarisation de la Vème république sur le Président. Ainsi, le sujet de la hausse de la participation n’est pas aussi fondamental qu’aux Etats-Unis. Par ailleurs, des outils répondent d’ores et déjà à l’enjeu de la mobilité réduite ou de la crise sanitaire, à commencer par le vote par procuration. Dès lors, le vote par correspondance n’apparait pas comme une nécessité.

Par-delà son inutilité, le vote par correspondance fait peser plusieurs menaces sur une démocratie représentative déjà très affaiblie en Occident. A l’heure des réseaux sociaux et de la méfiance généralisée, complexifier l’exercice démocratique est une gageure risquée qui pourrait éveiller les procès en illégitimité à des dirigeants qui n’en ont pas besoin. Aujourd’hui plus que jamais, le temps du vote doit demeurer un temps commun, vivant et social d’union national.

Comme jadis l’agora, le bureau de vote doit être le lieu ultime où le choix des citoyens s’incarne. La démocratie ne doit pas se dématérialiser. Elle s’incarne et n’a pas vocation à se rendre par correspondance à la façon d’un mauvais télé-achat. A l’heure où la vie contemplative d’Hannah Arendt est emportée par une civilisation du vide, le vote doit demeurer une survivance immuable de l’intérêt général.