Dans sa dernière adresse aux Français, Emmanuel Macron avait fait part de sa volonté de « bâtir un autre projet dans la concorde ».

L’exécutif tente de rallier à son projet l’ensemble du corps politique, appelant à « l’unité » face à la crise du Covid-19. Projet suivi par plus de sept Français sur dix (71%) qui seraient favorables à la constitution d’un gouvernement d’union nationale pour faire face à l’épidémie, ainsi qu’à ses conséquences futures.

Le coronavirus n’est ni de gauche, ni de droite, ni du centre. C’est un défi qui nous est collectivement lancé. Et nous devons avoir une réponse collective avec le gouvernement C’est une question d’unité nationale.

 

Un gouvernement d’unité nationale ou gouvernement d’union nationale est un gouvernement constitué des principaux partis voire de la majorité des partis politiques dits « de gouvernement » représentés dans un parlement  Ce thème resurgit fréquemment dans le discours politique français, en particulier dans les périodes de crise grave. L’image de la nation assemblée, telle une grande famille, fruit de royauté capétienne et de la Révolution, a été exaltée par les historiens de la IIIe République en particulier Jules Michelet qui voyait dans «la patrie vivante» une personne. L’unité nationale figure en toutes lettres parmi les principes de notre Constitution: «La France est une République indivisible.» Elle s’est exprimée en 1914, quand le chef de l’Etat, Raymond Poincaré, a appelé les Français à l » « union sacrée » à la suite de la déclaration de guerre allemande. Le thème a été mis en avant sous les formes et les régimes les plus divers de Pétain au général de Gaulle …

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Mais  l’appel à l’union nationale reste au seul niveau des mots et des symboles : Le Premier ministre a beau appeler à « l’Union sacrée », le message ne « prend » pas. A la différence d’après les attentats de janvier, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen réfutent cet appel à l’unité nationale, à l’approche d’échéances électorales. Car l’élection présidentielle approche…

 

Les voix dissonantes s’élèvent : choisissant d’incarner une opposition politique,Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen rompent l’unité nationale et rivalisent de sévérité pour attaquer le chef de l’État. Est-ce déjà le temps des polémiques ?

Le pari est difficile. D’une part parce que les Républicains et le Parti socialiste ont immédiatement fermé la porte à une participation à un tel gouvernement. D’autre part parce que l’ADN du macronisme n’est pas de discuter avec les formations politiques de l’ancien monde pour composer son exécutif, mais plutôt avec des personnalités. «L’unité nationale n’est pas l’union politique», explique un ministre. Appuyé par un autre: «Je crois au discours sur l’unité nationale, pas au gouvernement d’union nationale.» . Au sommet de l’Etat,Emmanuel Macron « réfléchit aux moyens de rassembler pour mobiliser », autour de « grandes figures venant de tous horizons », indique  un proche.

Les noms de potentielles recrues sont déjà sur toutes les lèvres. Comme l’ancienne ministre de l’Écologie, partie à New York, Nathalie Kosciusko-Morizet, Manuel Valls , mais aussi le négociateur du Brexit, Michel Barnier, ou l’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Alors à droite comme à gauche, on s’interroge et on tire des plans sur la comète.Dominique Strauss-Kahn a aussi fait l’objet des attentions de la majorité. Sa tribune de 17 pages n’est pas passée inaperçue à l’Élysée. « Je l’ai appelé pour lui dire que c’est ce que j’ai lu de plus intelligent sur cette crise. C’est un travail remarquable de profondeur et de puissance d’analyse », assure un proche du chef de l’État.

Enfin, toujours au rayon des rumeurs, la mésentente entre les deux hommes forts de l’exécutif est telle qu’elle pourrait pousser Edouard Philippe à démissionner. Après le déconfinement, ou en sortie de crise, le président de la République voudra certainement donner une nouvelle impulsion à la Macronie. Sans l’actuel Premier ministre probablement, qui de toute façon ne voudra pas participer à une « opération de débauchage ». Il est de plus en plus question d’un gouvernement  d’unité nationale et, à sa tête, on évoque déjà Xavier Bertrand, Bruno Le Maire ou encore Yannick Jadot.

Julie Haddad