Le séisme attendu lors des conclusions du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) est bien là. Le président de la commission, Jean-Marc Sauvé, a annoncé, ce mardi lors d’une conférence de presse, qu’au moins 216.000 mineurs avaient été victimes d’abus sexuels de clercs ou religieux depuis 1950.

Le 13 novembre 2018, il a été chargé par l’Eglise catholique de composer et de présider une commission indépendante dont la mission est de faire la lumière sur les abus sexuels dans l’Eglise et leur traitement et d’émettre toute recommandation utile pour prévenir leur réitération et réparer leurs conséquences. Selon l’AFP : « La commission indépendante qui a enquêté sur les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique de France a estimé mardi à 216.000 le nombre de mineurs victimes de prêtres, diacres et religieux depuis 1950, un constat « accablant » accueilli avec « honte » et « effroi » par la Conférence des évêques. ». Ce nombre grimpe même à 330.000 si l’on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l’Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse…), a indiqué Jean-Marc Sauvé.

Ces chiffres résultent d’une estimation statistique comprenant une marge de plus ou moins 50.000 personnes.  80% des victimes sont des garçons, et la plupart ont ou avaient entre 10 et 13 ans au moment des agressions. À noter, dans le reste de la société, ce sont les filles qui sont massivement victimes des violences sexuelles.

Les observations de Jean-Marc Sauvé

Jean-Marc Sauvé a évoqué les conséquences, très graves, des abus sexuels, sur les victimes. « 60% des hommes et femmes ayant subi des violences connaissent des perturbations fortes ou très fortes dans leur vie affective ou sexuelle. » Le président de la Ciase a rappelé que 56% des violences ont été commises dans les années 50 et 60, et qu’elles ont baissé dans les années 70 et 90. On est aujourd’hui à « un plateau » : « Il faut se départir de l’idée que les violences sexuelles dans l’Église ont été éradiquées. »

 La commission a d’abord lancé un appel à témoignages, ouvert il y a dix-sept mois, qui a recueilli 6.500 appels ou contacts de victimes ou proches. Puis en procédant à 250 auditions longues ou entretiens de recherche.  Elle a aussi effectué une plongée dans de nombreuses archives, de l’Église, des ministères de la Justice ou de l’Intérieur, de la presse. Une fois le diagnostic posé, la Commission a énuméré plusieurs dizaines de propositions dans plusieurs domaines : écoute des victimes, prévention, formation des prêtres et des religieux, droit canonique, transformation de la gouvernance de l’Église. Elle a aussi préconisé une politique de reconnaissance, puis une réparation financière propre à chaque victime.

Les faits sont presque toujours prescrits, les auteurs décédés, rendant un recours à la justice improbable. Les procédures canoniques (le droit de l’Église) sont longues et peu transparentes. Ce rapport sera aussi examiné à la loupe à Rome par le pape François, qui a rencontré une partie des évêques français en septembre et a été confronté à ce dossier dès le début de son pontificat.

Que dit le pape François?

Le pape François a exprimé aujourd’hui son « immense chagrin » après la publication du rapport accablant sur la pédocriminalité au sein de l’Église de France, qui a « pris conscience de cette effroyable réalité ». « Ses pensées se tournent en premier lieu vers les victimes, avec un immense chagrin pour leurs blessures et gratitude pour leur courage de dénoncer. Elles se tournent aussi vers l’Église de France, afin que, ayant pris conscience de cette effroyable réalité (…) elle puisse entreprendre la voie de la rédemption », a déclaré le porte-parole du Vatican, Matteo Bruni, évoquant devant des journalistes la réaction du pape. Dans la foulée de la publication de ce rapport, l’épiscopat français a exprimé mardi « sa honte », « son effroi » et a demandé « pardon » aux victimes.

 

S L H