Une étude de la Fondation Jean-Jaurès évalue le risque d’une victoire de Marine Le Pen au second tour de l’élection de 2022. Ce risque existe. Émettre cette hypothèse n’est pas prédire sa victoire, l’analyse des faits et des facteurs divers la rendant possible mérite en revanche de s’y pencher avec attention.

C’est là où résidé tout le paradoxe : si Emmanuel Macron est à l’heure actuelle en bonne position pour accéder au second tour, ne suscite-il pas un rejet trop important au sein de la population pour l’emporter face à Marine Le Pen ?

Le 4 mai 2017, dans une tribune au Monde, François Ruffin, futur député apparenté à La France insoumise, écrivait en ces termes au président Macron « Vous êtes haï par “les sans-droits, les oubliés, les sans-grade” que vous citez dans votre discours, singeant un peu Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes haï, tant ils ressentent en vous, et à raison, l’élite arrogante. Vous êtes haï, vous êtes haï, vous êtes haï. Je vous le martèle parce que, avec votre cour, avec votre campagne, avec la bourgeoisie qui vous entoure, vous êtes frappé de surdité sociale. » Quelques mois plus tard, la crise des « gilets jaunes » marqua à son tour un fort rejet du président Macron au sein d’une partie substantielle de la population française.

 

Marine Le Pen dispose-t-elle de réserves de voix supplémentaires au second tour ? Emmanuel Macron, président sortant, est-il encore en mesure de générer un front républicain contre la candidate du Rassemblement national comme ce fut le cas en 2017 ? 

Plus explicitement, il faudrait qu’au moins une de ces conditions se réalise pour que Marine Le Pen soit élue présidente de la République en 2022 :

  • que l’électorat de droite modérée se reporter massivement sur elle ;
  • qu’elle soit suffisamment « dédiabolisée » pour pousser les électeurs des candidats éliminés du premier tour vers l’abstention ;
  • qu’Emmanuel Macron soit devenu un repoussoir similaire à Marine Le Pen hors de son propre camp.

Ces conditions sont-elles envisageables ? Le risque Le Pen est-il bien réel ?

 

Et si la principale force de Marine Le Pen résidait avant tout dans la faiblesse de son opposant de second tour ? Comme nous l’avons souligné précédemment, malgré les efforts de la présidente du Rassemblement national pour se « dédiaboliser », il existe toujours un stigmate profond associé à ce parti, laissant penser qu’un report de voix massif vers Marine Le Pen au second tour est, à l’heure actuelle, assez improbable.

Hélène Samson